Il y a des voix qui traversent les vestiaires comme un courant électrique. Des voix qui font se redresser des joueurs épuisés, qui transforment la honte en carburant, qui convertissent une déroute en point de départ. Hervé Renard possède cette voix-là, et il vient de la poser sur les épaules d’une sélection tunisienne en état de choc.
Le contexte mérite qu’on s’y arrête. La Tunisie vient de prendre cinq buts face à la Suède (5-1) dans le cadre des qualifications pour la Coupe du Monde 2026. Une gifle. Le genre de résultat qui fracture un groupe, installe le doute dans chaque regard, et fait se poser des questions existentielles à une fédération. C’est précisément dans ce chaos que débarque Renard, nommé officiellement nouveau sélectionneur, avec pour mission immédiate de relever la tête avant un match face au Japon qui s’annonce déjà décisif.
Et son premier geste n’est pas tactique. Ce n’est pas un tableau blanc rempli de schémas. C’est un discours. Un vrai, filmé, brut, rendu public par la Fédération tunisienne elle-même. On le voit debout face à ses joueurs en tenue blanche, en tee-shirt Kappa noir, sans notes, sans filtre. Il leur parle de retour au pays, de ce qui les attendrait s’ils rentraient maintenant. Il convoque la Patrie, la Nation, l’honneur collectif. Le registre est volontairement dramatique, presque théâtral, et c’est exactement ce dont ce groupe avait besoin.
« Vous savez ce qu’il se passerait si vous rentriez maintenant au pays ? Tout le monde est en colère. C’est la Patrie, c’est la Nation. C’est une Coupe du Monde. Il faut se bouger, les gars. On est ensemble. »
On peut sourire de la mise en scène. On peut trouver l’exercice calculé, presque performatif. Mais ceux qui ont suivi Renard en Arabie Saoudite en 2018, quand il avait arraché aux Saoudiens une victoire historique face à l’Argentine lors du premier match de groupe (2-1), savent que ce type de discours précède souvent l’improbable. Ce n’est pas du hasard. C’est une méthode.
Ce qui rend Renard singulier, c’est qu’il ne vend pas un système de jeu en premier. Il vend une croyance. Il reconstruit l’identité collective avant de s’occuper du reste. En choisissant de rendre public ce premier discours, la Fédération tunisienne envoie elle-même un signal fort à son peuple : regardez, quelqu’un prend les choses en main. Le geste est aussi politique qu’il est sportif.
Reste la question fondamentale : est-ce suffisant contre le Japon, équipe structurée, techniquement au-dessus du lot africain sur le plan collectif ? Probablement pas seul. Mais une équipe qui croit peut battre une équipe qui doute, et pour l’instant, Renard est en train d’effacer le doute à mains nues. Si la Tunisie accroche quelque chose face aux Japonais, le mythe du sorcier blanc prendra une nouvelle couche de légende. Et si elle perd, personne ne pourra dire que l’étincelle n’avait pas eu lieu.
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