Il y a des moments dans le sport où l’on se demande si l’on n’est pas en train de rêver. Des instants suspendus, presque indécents, où un homme seul semble décider que les lois du temps ne s’appliquent tout simplement pas à lui. Ce mercredi matin, à l’occasion du Mondial 2026, l’un de ces instants a eu lieu, et il portait le numéro 10 argentin sur le dos.
Lionel Messi vient d’avoir 39 ans le 24 juin. Un âge où la plupart des footballeurs professionnels ont depuis longtemps raccroché les crampons, où les plus courageux se contentent d’un rôle symbolique sur le banc d’une équipe vieillissante. Lui, il sort un triplé en Coupe du monde. Contre l’Algérie, balayée 3-0, il inscrit les trois buts de son équipe et égale au passage le record absolu de Miroslav Klose : 16 réalisations en phase finale de Coupe du monde. Un record qui tenait depuis 2014. Il vient d’être partagé, et l’on sent que l’Argentin n’a pas prévu de s’arrêter là.
Ce qui est fascinant, ce n’est pas uniquement la performance brute. C’est le contexte dans lequel elle s’inscrit. Tout le monde attendait ce Mondial 2026 comme le dernier rodéo de la Pulga, une sorte de tournée d’adieu digne et silencieuse. On anticipait un Messi gestionnaire, économe, passeur de témoin. On a eu un Messi prédateur, tranchant, souverain. Ce n’est pas une résistance au temps : c’est une gifle administrée à ceux qui osaient le placer au passé.
« En stage avec l’équipe d’Argentine, nous regardons la série sur Rafa Nadal, et je m’identifie beaucoup à lui : je veux toujours donner le meilleur de moi-même, me sentir en forme et prendre du plaisir sur le terrain. »
Cette confidence faite à Mundo Deportivo en dit long. Messi ne se bat pas contre le temps parce qu’il le nie. Il se bat contre lui parce qu’il choisit, chaque matin, de ne pas lui céder un centimètre. L’analogie avec Nadal est lucide, presque philosophique : deux compétiteurs absolus qui ont fait de la passion un carburant plus puissant que n’importe quelle préparation physique. Et quand on lui demande quand il prendra sa retraite, la réponse est cinglante : « Tant que je le pourrai et que je serai en forme, je continuerai. » Cela n’a rien d’une posture. C’est simplement la vérité d’un homme qui n’a pas encore fini ce qu’il a commencé.
La question centrale qui traverse ce début de compétition est pourtant légitime : jusqu’où peut aller cette Argentine portée à bout de bras par un homme qui approche la quarantaine ? L’Algérie, certes, n’est pas la mesure étalon d’un Mondial. Les prochains adversaires auront davantage à dire. Mais ce que Messi a montré ce mercredi, c’est qu’il est capable, même à cet âge avancé pour le football de haut niveau, de produire du génie pur à la demande. Cela fait peur pour ses adversaires. Cela devrait même inquiéter ceux qui pensaient que le record de Klose était intouchable.
Seize buts. Égalité au sommet de l’histoire. Et un tournoi qui ne fait que commencer. Pendant que d’autres joueurs collectionnent les trophées individuels en espérant écrire leur légende, Messi, lui, réécrit l’histoire du football mondial à chaque coup de pied donné. Le débat sur le GOAT ne mérite même plus d’être ouvert. La vraie question, désormais, est de savoir jusqu’où ce record finira par s’envoler.
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