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Le roi au-dessus des lois ?

Il y a des moments dans le football où la réalité du terrain et la réalité arbitrale semblent appartenir à deux dimensions parallèles. Mercredi, lors de la première journée du groupe J de la Coupe du monde 2026, l’une de ces failles spatiotemporelles s’est ouverte en plein milieu du terrain, sous les yeux de millions de téléspectateurs et, surtout, sous les yeux d’une salle VAR visiblement frappée de cécité sélective.

L’Argentine écrase l’Algérie trois buts à zéro. Lionel Messi signe un triplé dévastateur, bat cinq records historiques selon plusieurs médias, et repart en héros absolu de la rencontre. Tout le monde applaudit. Sauf que, quelque part dans la première période, au moment où le score indique déjà un but d’avance pour les Argentins, quelque chose se passe. Quelque chose que l’on ne devrait pas pouvoir balayer d’un revers de main, aussi grand que soit le génie de celui qui en est l’auteur.

Messi enfonce son crampon dans le mollet d’Aïssa Mandi, par derrière, provoquant une flexion excessive de la jambe du défenseur algérien. La faute est sifflée. Pas le moindre carton, ni jaune ni rouge, ne sort de la poche de l’arbitre polonais Szymon Marciniak. La VAR, supposément là pour corriger les erreurs flagrantes, choisit de ne pas intervenir. Le site espagnol spécialisé Archivo Far, expert en analyse arbitrale, qualifie cette non-intervention d’« acte lâche » et parle de « carton rouge direct, évident et incontestable » qui aurait dû être distribué.

« La salle de la technologie vidéo a décidé de fermer les yeux sur l’incident et de ne pas intervenir pour le réexaminer, ce qui constitue un acte lâche. », Archivo Far

Posons la question directement : si ce même geste avait été commis par un joueur algérien sur Messi, l’arbitre aurait-il hésité une seconde ? La réponse, chacun la connaît dans son for intérieur, et c’est précisément ce malaise qui ronge le football mondial depuis des années. Ce n’est pas une question de complot organisé, c’est bien plus insidieux que ça : c’est l’autorité naturelle du prestige qui s’infiltre dans chaque décision arbitrale, consciemment ou non.

Ce qui rend la situation encore plus complexe, c’est la réaction d’Aïssa Mandi lui-même après le match. Malgré la blessure, malgré la défaite lourde, le défenseur a publiquement salué la performance de Messi et son triplé. Une élégance qui tranche avec la polémique ambiante, mais qui ne résout rien sur le fond. La grandeur d’un joueur ne devrait jamais justifier l’impunité d’un geste dangereux.

Le football a beau être le sport le plus populaire de la planète, il reste profondément humain dans ses travers : on protège ses icônes, on détourne le regard quand cela arrange le spectacle. Messi a 37 ans, il joue possiblement son dernier Mondial sur cette terre, et l’on comprend la tentation de vouloir préserver ce conte de fées jusqu’au bout. Mais à quel prix pour l’intégrité du jeu ? Pour celle des joueurs qui entrent sur ce terrain en croyant naïvement que les mêmes règles s’appliquent à tous ?

La vraie question n’est pas de savoir si Messi est un grand joueur : c’est indiscutable. La vraie question est de savoir si l’on est prêt à admettre que ses crampons, eux, n’ont rien d’intouchable.


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