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Le silence des Bleus face à Gleizes : couardise ou droit légitime ?

Il y a des moments où le football dépasse le rectangle vert, où le ballon n’est plus qu’un prétexte, et où ce qu’on attend des hommes en bleu n’a plus rien à voir avec un schéma tactique. Christophe Gleizes, journaliste sportif français, est détenu en Algérie depuis plusieurs semaines. Ses proches espéraient que les stars de l’équipe de France, Kylian Mbappé en tête, prennent la parole à l’occasion de la Coupe du monde. Ce ne fut pas le cas. Et la FFF assume.

Philippe Diallo, président de la Fédération française de football, a défendu ce silence avec une formule aussi diplomatique qu’elle est troublante : « Il leur appartient de parler ou de ne pas parler. » Traduction directe : personne ne leur demande rien, personne ne les incite, chacun fait ce qu’il veut. Sur le papier, c’est du respect de l’individu. Dans les faits, c’est une institution qui se couvre derrière la liberté de conscience pour ne pas avoir à porter elle-même un dossier qui brûle.

Et c’est là que la position devient inconfortable. Car il y a une différence fondamentale entre respecter la liberté d’un sportif de ne pas s’exprimer sur un sujet politique, ce qui est légitime, et une fédération entière qui choisit de ne pas mobiliser la moindre énergie institutionnelle pour un compatriote emprisonné. Diallo ne dit pas « nous avons agi en coulisses ». Il dit que les joueurs peuvent parler s’ils veulent. Ce n’est pas la même chose.

« Il leur appartient de parler ou de ne pas parler. »

La Coupe du monde offre pourtant une vitrine planétaire unique. Chaque conférence de presse des Bleus est regardée par des millions de personnes. Une phrase, un message, même bref, aurait eu un retentissement considérable. Les joueurs français ne sont pas obligés d’en faire une croisade, mais l’institution qu’est la FFF pourrait au moins porter officiellement le dossier, interpeller le gouvernement, envoyer un signal clair que la France ne laisse pas tomber ses ressortissants parce qu’ils sont journalistes sportifs et non politiciens.

La ligne éditoriale du football français vis-à-vis de ce genre de situations est depuis longtemps rodée : le sport et le politique ne se mélangent pas, sauf quand ça arrange. On se souvient de genoux à terre imposés, de brassards obligatoires, de prises de position collectives sur d’autres causes. La cohérence voudrait qu’on applique les mêmes règles dans tous les cas, ou qu’on assume clairement que certaines causes valent plus que d’autres aux yeux de la FFF.

France-Sénégal approche. Les tribunes vont vibrer à New York. La Marseillaise retentira à Times Square. Les Bleus joueront pour une troisième étoile dans une atmosphère électrique. Mais dans un coin de cette grande fête, la famille de Christophe Gleizes attendra. Toujours.


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