Il y a des déclarations qui mettent le feu aux poudres en quelques heures à peine. Celle de Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis investi sous l’étiquette LFI, en fait clairement partie. En affirmant que siffler la Marseillaise « quand la France se déshonore par ses actes à l’international » constitue « un droit à la réplique populaire », l’élu a déclenché une tempête prévisible à droite et à l’extrême droite, et s’est retrouvé contraint de clarifier ses propos dès le lendemain.
La nuance qu’il invoque ensuite est intéressante : il distingue une « analyse » d’une « incitation ». Autrement dit, il n’appelait pas à siffler, il constatait qu’on en avait le droit. La frontière est fine, et l’on peut comprendre que l’ambiguïté du message originel ait alimenté les controverses. Mais au fond, le vrai débat n’est pas là.
Ce qui frappe, c’est la manière dont LFI occupe systématiquement ce terrain symbolique. Le parti de Jean-Luc Mélenchon a une stratégie rodée : provoquer, générer de l’indignation, puis recadrer en se posant en victime d’une instrumentalisation médiatique. La séquence est presque mécanique. Et elle fonctionne à chaque fois, car elle force les adversaires à réagir sur un terrain émotionnel plutôt que programmatique.
« Siffler la Marseillaise quand la France se déshonore par ses actes à l’international, c’est un droit à la réplique populaire. »
Sur le fond, l’argument de Bagayoko pose pourtant une vraie question : jusqu’où s’étend la liberté d’expression dans l’espace public, y compris face aux symboles nationaux ? La jurisprudence française est relativement claire : siffler un hymne national lors d’une manifestation sportive peut tomber sous le coup de la loi, mais dans un cadre purement privé ou militant, la marge est plus large. L’élu le sait sans doute, et c’est précisément ce flou qu’il exploite.
Ce qui est moins défendable, en revanche, c’est la posture d’un maire élu pour gérer une commune de 112 000 habitants, qui choisit de se positionner d’abord comme tribun de politique internationale. Saint-Denis fait face à des défis concrets : logement, sécurité, services publics. La déclaration sur la Marseillaise ne nourrit aucun de ces dossiers. Elle sert exclusivement l’agenda de LFI à l’échelle nationale, en nourrissant une polarisation dont les habitants de Saint-Denis ne sont pas forcément les premiers bénéficiaires.
Et puis il y a l’autre épisode de la semaine, connexe dans l’esprit : l’interdiction par la préfecture de police du concert organisé par LFI lors de la Fête de la Musique. Le gouvernement a soutenu la décision, évoquant la présence d’invités aux propos problématiques envers les forces de l’ordre. LFI crie à la censure politique. Qui a raison ? Les deux versions comportent leur part de vérité et leur part d’exagération stratégique. Ce qui est certain, c’est que LFI sort de cette semaine avec deux sujets de mobilisation supplémentaires, et que c’est rarement le fruit du hasard.
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