Il y a des semaines où la politique française ressemble à un roman d’espionnage mal écrit, avec trop de personnages, des rebondissements qui arrivent trop vite, et une intrigue dont personne ne comprend vraiment les enjeux. Cette semaine en est une parfaite illustration.
Sébastien Lecornu a annoncé qu’il tiendrait une conférence de presse sur les ingérences étrangères dans le jeu politique français, précédée d’une réunion avec les forces politiques et parlementaires. Le déclencheur : une enquête ouverte fin mai par le parquet de Paris sur la possible ingérence d’une entreprise israélienne au détriment de candidats insoumis lors d’élections municipales. Sur le fond, le sujet est sérieux. Les ingérences étrangères dans les processus démocratiques ne sont pas une fiction complotiste : elles ont été documentées dans plusieurs pays occidentaux ces dernières années, et la France serait naïve de se croire immunisée.
Mais voilà où ça devient intéressant, et un peu vertigineux. Cette affaire d’ingérence émerge à moins d’un an du lancement réel de la campagne présidentielle de 2027, dans un contexte où les candidatures se dessinent en coulisses et où chaque révélation peut servir autant qu’elle peut nuire. La question que personne ne pose franchement : cette conférence de presse est-elle un acte de transparence démocratique, ou un premier mouvement stratégique dans une présidentielle qui a déjà commencé sans le dire ?
« La priorité sera de reprendre le contrôle des finances publiques et sociales. »
Cette citation du gouverneur sortant de la Banque de France, adressée dans une lettre au président, résonne étrangement dans ce contexte. Parce que pendant qu’on parle d’ingérences, d’enquêtes et de positionnements pour 2027, la France a des dossiers lourds qui attendent : une dette publique qui ne se résorbe pas, des défaillances institutionnelles pointées par le drame de la petite Lyhanna, un gouvernement qui reconnaît lui-même des dysfonctionnements structurels dans la protection de l’enfance sans vraiment en endosser la responsabilité.
Le spectacle des ingérences étrangères a cela de commode qu’il déplace le regard. Il installe un climat de suspicion qui profite toujours à ceux qui le dénoncent en premier, il crée une dramaturgie de la menace extérieure au moment précis où les acteurs politiques préfèrent ne pas parler de leur bilan intérieur. Ce n’est pas dire que le problème n’existe pas. C’est dire qu’il serait naïf de ne pas voir comment il est utilisé.
La vraie ingérence dont la France devrait d’abord se protéger, c’est peut-être celle que ses propres acteurs politiques exercent sur le calendrier démocratique, en transformant chaque événement, même grave, en munition de campagne. 2027 n’est officiellement pas encore là. Officiellement.
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