ENQUÊTE / INVESTIGATION — Coupe du monde 2026. Boston, jeudi 9 juillet. La France élimine le Maroc en quart de finale, 2-0, sur des buts de Kylian Mbappé et Ousmane Dembélé. Un scénario cruel pour les Lions de l’Atlas, muselés une bonne partie du match par un grand Yassine Bounou avant de craquer. Une élimination logique, sportive, sans polémique d’arbitrage majeure, cette fois la France a simplement été supérieure sur la durée.
Mais dans ce genre de moment, le terrain de jeu ne s’arrête jamais au rectangle vert. Sur les réseaux, une partie du public a immédiatement transformé une défaite sportive en règlement de comptes régional, ressortant les vieilles rivalités Maroc-Algérie et Maroc-Sénégal à la moindre occasion. C’est devenu un classique du football nord-africain : chaque résultat marocain déclenche son lot de commentaires haineux venus d’ailleurs sur le continent.
L’affaire Algérienne : L’éternel ennemi du Maroc
Le football entre le Maroc et l’Algérie charrie depuis plusieurs années son lot d’incidents documentés, impliquant des groupes de supporters identifiés, et donnant lieu à des plaintes ou des signalements officiels.
Le premier épisode marquant remonte au CHAN 2022, organisé en Algérie. Lors du match d’ouverture, plusieurs slogans racistes visant les supporters marocains avaient été scandés dans les tribunes du stade Nelson Mandela de Baraki : “Donnez-leur des bananes, donnez-leur des bananes, les Marocains sont des animaux !”.
La Fédération royale marocaine de football (FRMF) avait publié un communiqué dénonçant des « agissements malveillants » et des « propos racistes », visant également un discours jugé provocateur tenu lors de la cérémonie d’ouverture.
Plus récemment, en janvier 2026, en marge de la CAN organisée au Maroc, des célébrations de supporters algériens dans le quartier de la Guillotière à Lyon, après une victoire de l’Algérie face à la RD Congo, ont dégénéré en chants incitant à la haine contre les Marocains et les juifs. La préfète du Rhône, Fabienne Buccio, a saisi le procureur de la République sur la base de l’article 40 du Code de procédure pénale pour « incitation à la haine en raison de l’appartenance réelle ou supposée à une ethnie, une nation, une prétendue race ou une religion ».
Deux autres épisodes ont marqué la CAN 2025 côté supporters algériens. Le premier, largement relayé sur les réseaux sociaux, concerne l’influenceur Raouf Belkacemi, qui s’est filmé en train d’uriner dans les tribunes du stade Moulay El Hassan de Rabat lors du match Algérie-RD Congo, malgré la présence de sanitaires accessibles dans l’enceinte. Placé en détention provisoire puis jugé pour « atteinte publique à la pudeur » et propos contraires aux bonnes mœurs, il a finalement été condamné à trois mois de prison ferme et 500 dirhams d’amende par le tribunal de Rabat. Le second épisode s’est produit au Grand Stade de Marrakech lors du quart de finale Algérie-Nigeria : un supporter algérien, identifié comme A.S., a été filmé en train de voler le talkie-walkie d’un agent de sécurité marocain au milieu de la bousculade provoquée par des supporters algériens. Il a été placé en détention provisoire à la prison de l’Oudaya par le parquet de Marrakech. Ce même match avait déjà été marqué par d’autres débordements : des supporters filmés en train de déchirer des billets de banque marocains, un geste perçu comme une atteinte aux symboles nationaux, ainsi que des tensions entre staffs algérien et nigérian en zone mixte.
Enfin, en juin 2026, en pleine Coupe du monde, l’ambassade du Maroc en France a déposé plainte pour « outrage au drapeau et incitation à la haine » après des incidents survenus à Aubervilliers et Pantin, où des individus scandant des slogans faisant référence à leur origine algérienne ont arraché, brûlé et déchié un drapeau marocain, tout en prenant à partie verbalement des femmes portant le maillot national accompagnées d’enfants en bas âge.

Ces épisodes, chacun documenté par des plaintes, des communiqués officiels ou des signalements des autorités françaises, montrent une jalousie maladive et une haine qui déborde régulièrement du terrain sportif vers des actes ciblant des individus en raison de leur nationalité, un phénomène condamné à chaque fois par les instances concernées, marocaines comme françaises.
Mais ce n’est pas tout, car en France, durant le quart de finale de la Coupe du monde, des Algériens se seraient délibérément vêtus de maillots de l’équipe du Maroc avant de se mêler à la foule des célébrations, dans le but de commettre des exactions sous couvert d’une fausse identité de supporters marocains, et ainsi faire porter la responsabilité des débordements causés aux supporters marocains eux-mêmes. À ce stade, cette allégation n’a été confirmée par aucun média établi, aucune enquête officielle ni aucune source judiciaire, elle repose uniquement sur les témoignages vidéo de ces Algériens. Elle mérite d’être suivie avec prudence ; si elle s’avérait fondée, elle ajouterait une dimension inquiétante aux tensions déjà vives entre les deux communautés.
L’affaire Sénégalaise : Le chaos de la finale de la CAN 2025
La CAN 2025 a marqué un tournant, saluée par la CAF comme « la plus réussie » et « meilleure » édition de l’histoire du tournoi. Le Maroc a déployé neuf stades neufs ou rénovés dans six villes, logé toutes les délégations dans des hôtels 5 étoiles (une première), et battu des records d’affluence (1,1 million de spectateurs dès les quarts) et de recettes (55 millions de dollars, x5 par rapport à l’édition précédente). Sur le plan logistique, le Royaume a mobilisé des moyens humains et sécuritaires considérables (5 400 accréditations médias, bureaux judiciaires dans les stades) et financiers massifs (stades construits en quelques mois, programme d’investissement de 18 milliards d’euros incluant ferroviaire, 5G et aéroports), le tout pensé comme répétition générale avant le Mondial 2030 coorganisé avec l’Espagne et le Portugal.
Ce succès organisationnel n’a toutefois pas suffi à éviter les débordements. La finale de la CAN 2025, opposant le Maroc au Sénégal (victoire marocaine sur tapis vert 3-0), avait déjà viré à l’incident : dix-huit supporters sénégalais avaient été interpellés puis incarcérés pour des faits de hooliganisme après avoir dégradé les tribunes et agressé des stadiers au stade Moulay Abdellah, avant que la Cour d’appel de Rabat ne confirme leurs peines en avril.

L’épisode restera comme l’une des images les plus polémiques de cette CAN 2025. À la 98e minute d’une finale à haute tension, après un but refusé au Sénégal et un penalty accordé au Maroc, Pape Thiaw a ordonné à ses joueurs de quitter le terrain et de regagner les vestiaires, en signe de protestation contre l’arbitrage qu’il jugeait favorable au pays hôte. Un geste rarissime à ce niveau de compétition, qui a provoqué une vague d’indignation dans les milieux du football, certains observateurs réclamant des sanctions exemplaires de la part de la CAF pour éviter qu’un tel précédent n’ouvre la porte à d’autres contestations d’arbitrage en pleine rencontre. Le sélectionneur sénégalais a fini par reconnaître son erreur après coup, présentant ses excuses pour avoir demandé à ses joueurs de sortir du terrain, mais le mal était fait, et l’image d’un match interrompu par la volonté d’un seul homme restera comme l’un des symboles les plus antisportifs de cette édition. Cela n’a pas suffi à Pape Thiaw, qui voulait en découdre en provoquant et en insultant le sélectionneur marocain.

Fidèle à ses habitudes, le sélectionneur sénégalais Pape Thiaw s’est donné à cœur joie dans les critiques durant cette CAN, multipliant les critiques sur l’organisation, les accusations mensongères, … À la veille de la finale, le sélectionneur sénégalais avait publiquement dénoncé les conditions d’accueil de sa délégation à Rabat : une sécurité jugée insuffisante à l’arrivée des joueurs, au point que la Fédération sénégalaise de football avait dû publier un communiqué exprimant ses préoccupations, alors que c’est la Fédération sénégalaise elle-même qui avait publiquement annoncé la date, l’heure et la localisation d’arrivée de ses joueurs, un hébergement que le Sénégal avait dû batailler pour faire améliorer avant d’obtenir un hôtel plus proche du stade. « C’était anormal », avait-il lâché, évoquant des joueurs « en danger » à leur arrivée. Des propos à nuancer toutefois : dans la même sortie, Thiaw avait pris soin de saluer l’organisation globale de la CAN, la qualifiant de « belle », remerciant le Maroc d’avoir « relevé le niveau » de la compétition, après l’avoir critiqué, insulté et accusé à tort, en prétendant que ses dénonciations ne s’agissaient pas de dénigrer l’ensemble du tournoi mais de “pointer” un couac ponctuel.

Le contraste est frappant. Quelques mois après avoir ouvertement critiqué l’accueil marocain lors de la CAN (sécurité jugée insuffisante, hébergement à revoir,…) Pape Thiaw et le Sénégal ont traversé, lors du Mondial 2026, une série de couacs autrement plus sérieux sans provoquer la moindre sortie médiatique. Joueurs et staff soumis à un contrôle de sécurité sur le tarmac d’un aéroport américain, journalistes sénégalais purement et simplement empêchés de couvrir le tournoi à cause d’un régime de visa à entrée unique imposé par Washington, primes de la CAN et de la qualification toujours pas versées, hôtel « pas aux standards » d’une sélection de ce rang, joueurs contraints de commander à manger dehors faute de cuisinier sur place : la liste des dysfonctionnements est autrement plus longue qu’à Rabat. Cette fois, pourtant, le sélectionneur sénégalais n’a pas dit un seul mot de travers, évoquant sobrement des « dysfonctionnements réglés en interne » sans jamais hausser le ton publiquement. Une discrétion qui interroge, au regard de la virulence de ses propos quelques mois plus tôt sur le sol marocain.
La rivalité qui dépasse le sport
Pour ce qui est de l’Algérie, le fond du problème est ailleurs, et il est plus politique que footballistique. Entre le Maroc et l’Algérie, la question du Sahara marocain empoisonne toutes les relations depuis des décennies, frontière fermée depuis 1994, tensions diplomatiques permanentes. Il ne faut donc pas s’étonner que le ballon serve régulièrement d’exutoire à ce contentieux : une défaite marocaine devient prétexte à jubilation côté algérien, et vice versa. Ce n’est ni nouveau ni propre au foot, c’est la même dynamique que dans n’importe quel conflit de voisinage prolongé, où le sport devient un terrain de revanche symbolique.
Avec le Sénégal, la relation est différente et plus circonstancielle : elle s’est cristallisée précisément autour de la finale de la CAN 2025 et de ses suites judiciaires, qui ont laissé des deux côtés un goût amer et alimenté une rivalité sportive directe, sans la charge géopolitique du dossier algérien.
Ce qu’il faut en retenir
Au terme de ce tour d’horizon, un constat s’impose : les grandes compétitions impliquant le Maroc et l’Algérie ces dernières années ont été régulièrement émaillées d’incidents individuels, tous documentés, sanctionnés ou traités par la justice, qu’il s’agisse de gestes provocateurs (billets déchirés, drapeau brûlé), d’actes délictueux isolés (vol de talkie-walkie, atteinte à la pudeur) ou de dérapages verbaux condamnés jusque par les autorités françaises. Chacun de ces épisodes a été identifié, attribué à des individus précis, et pour la plupart jugé par une institution compétente, ce qui les distingue nettement d’une rumeur ou d’un procès d’intention collectif.

Ce qui frappe, en revanche, c’est la récurrence de ces tensions à chaque rendez-vous sportif entre les deux pays, sur fond d’un contentieux politique ancien (la question du Sahara marocain) qui dépasse largement le cadre du ballon rond. Le sport, ici, agit comme un révélateur plutôt qu’une cause : il concentre en quelques matchs des rancœurs qui, elles, se construisent ailleurs, depuis des décennies.
Les incidents impliquant des supporters sénégalais relèvent d’actes individuels jugés, pas d’un phénomène collectif. Plus frappant est le contraste dans la prise de parole de Pape Thiaw : très critique sur l’accueil au Maroc, mais bien plus mesuré face à des dysfonctionnements pourtant plus lourds lors du Mondial 2026 aux États-Unis (contrôle humiliant sur un tarmac, journalistes bloqués, primes impayées, hébergement indigne), un déséquilibre qui semble davantage dicté par des considérations diplomatiques que par la gravité réelle des faits.

En fin de compte, jusqu’à quand le Maroc va-t-il continuer à tendre l’autre joue ? Jusqu’à quand les Marocains vont-ils comprendre qu’ils n’ont qu’eux-mêmes dans ce maudit continent ? Jusqu’à quand vont-ils comprendre que même s’ils considèrent leurs voisins comme des frères ? Les voisins, eux, les considèrent comme des rivaux qu’ils jalousent pour certains et des ennemies qui leur veulent du mal pour d’autres !
Le Maroc, lui, se développe, progresse et continue d’avancer, tandis que les haineux et les jaloux régressent : “Les chiens aboient, la caravane passe.”
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