Vingt-cinq chefs d’État et de gouvernement réunis à Paris, un défilé conçu comme une démonstration de force, des soldats ukrainiens dans les rangs : le dernier 14-Juillet d’Emmanuel Macron ne ressemblera à aucun autre. Et c’est précisément là que réside toute la question.
Avant même que les premiers chars ne s’élancent sur les Champs-Élysées ce 14 juillet, la journée a démarré le 13 avec la réunion de la « coalition des volontaires pour l’Ukraine », ce format initié par Paris pour coordonner le soutien militaire à Kiev. Un symbole fort : Macron choisit de faire de son dernier 14-Juillet non pas une fête nationale au sens classique du terme, mais un acte diplomatique et stratégique à part entière.
Sur le fond, le bilan défense est réel. Les deux mandats Macron auront été marqués par une hausse spectaculaire du budget militaire, passé de 32 à près de 50 milliards d’euros annuels, et par un basculement stratégique profond face aux menaces russes et à l’instabilité au Moyen-Orient. La remontée en puissance des armées françaises, longtemps sacrifiées sur l’autel des dividendes de la paix, aura été l’un des rares domaines où la continuité et l’ambition ont coexisté.
« Ses deux mandats auront été marqués par une hausse spectaculaire du budget de la défense et un basculement stratégique majeur face aux nouvelles menaces. »
Mais un défilé, même grandiose, reste aussi une mise en scène. Et Macron est passé maître dans l’art du symbole théâtralisé. Inviter des alliés, afficher la solidarité occidentale, positionner la France comme pivot de la défense européenne : tout cela est cohérent sur le plan géopolitique. Cela sert aussi, inévitablement, une sortie de mandat sous les projecteurs, à neuf mois d’une présidentielle où son camp cherche encore son candidat.
Car c’est là le paradoxe de cette journée : pendant que Paris brille d’un éclat martial et diplomatique, la gauche non mélenchoniste peine à se structurer, le PS vient à peine de trancher sur son mode de désignation, et les quartiers populaires de Grigny ou Bondy suffoquent sous des canicules que des décennies de sous-investissement dans l’habitat rendent insupportables. Le grand spectacle du Champ-de-Mars n’efface pas ces réalités.
Ce dernier 14-Juillet résume bien la tension permanente du macronisme : une vraie ambition sur la scène internationale, une capacité indéniable à incarner une certaine idée de la France souveraine, mais un fossé qui demeure entre le récit présidentiel et le quotidien d’une large partie du pays. Macron part en faisant résonner les bottes. Ce qui reste ouvert, c’est la question de ce que son successeur fera de cet héritage stratégique dans un pays qui, lui, cherche encore son souffle.

