Politique & Economie

Le Pen, Bardella : qui commande vraiment au RN ?

Derrière les façades lisses des partis politiques, les guerres de succession font parfois plus de dégâts que les défaites électorales. Au Rassemblement national, ce n’est pas un adversaire extérieur qui a recadré Jordan Bardella, c’est le retour inattendu de celle qu’on croyait hors jeu.

Pendant plusieurs mois, Bardella s’était mentalement installé dans le costume du candidat présidentiel. La condamnation de Marine Le Pen en première instance pour détournement de fonds publics, assortie d’une inéligibilité, semblait lui avoir ouvert une autoroute vers 2027. Des sources proches du dossier, rapportées par Franceinfo, décrivent un homme qui « pensait avoir gagné à l’Euromillions » : préparation, ambition, certitude. Et puis la Cour d’appel a tout remis à plat.

Marine Le Pen, elle, se dit désormais sereine. Dans le Journal du Dimanche, elle juge « irréaliste » de croire que sa candidature reste menacée par la justice, se proclamant « éligible, candidate et présumée innocente ». Le message est limpide : elle est de retour, et Bardella est prié de se positionner sur Matignon plutôt que sur l’Élysée. Une rétrogradation que personne au parti n’appelle officiellement par son nom, mais que tout le monde observe.

« Il pensait avoir gagné à Euromillions et c’est foutu. »

Ce qui se joue ici dépasse le simple feuilleton de palais. C’est une question de fond sur la nature du RN : est-ce un parti qui s’est structuré autour d’une organisation, de cadres, d’une doctrine stable ? Ou reste-t-il, comme à ses origines, un véhicule personnel adossé à un nom de famille ? La réponse, visible dans la façon dont Bardella a été recalibré en quelques semaines, penche clairement vers la seconde hypothèse.

Le problème stratégique est réel. Bardella incarnait une forme de modernisation de l’image du parti : plus jeune, moins chargé d’un passé sulfureux, plus présentable à une partie de l’électorat du centre-droit. Le replier sur un rôle de futur Premier ministre potentiel, c’est parier que Le Pen peut encore convaincre des électeurs qui lui ont déjà dit non à deux reprises au second tour. Ce pari n’est pas absurde, mais il n’est pas gagné.

Pendant ce temps, l’actualité judiciaire continue d’alimenter la chronique RN. À Beaucaire, le tribunal judiciaire de Nîmes a débouté le parti d’une procédure en diffamation contre les médias indépendants « L’Arlésienne » et « StreetPress », qui avaient enquêté sur des soupçons de discrimination dans l’attribution de commerces municipaux. Le RN a fait appel, mais l’échec en référé est symboliquement parlant : vouloir éteindre une enquête journalistique par la voie judiciaire, c’est rarement la meilleure façon de dissiper les soupçons.

À dix-huit mois de la présidentielle, la question n’est donc pas seulement de savoir si Marine Le Pen sera sur le bulletin de vote. C’est de savoir si un parti capable de reléguer son propre président en quelques semaines peut convaincre les Français qu’il serait capable de gouverner durablement un État.


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Rédacteur passionné de culture geek, gaming, sport et actualité. Fondateur de Glorieux Geek, le site d'actu geek en français.

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