Politique & Economie

La France peut-elle tenir sans budget jusqu’en 2027 ?

Il existe des scénarios politiques qui, au premier abord, semblent relever de la fiction dystopique. Et pourtant, celui-là est en train de s’écrire tranquillement, sous nos yeux, dans les couloirs du Palais Bourbon : la France pourrait naviguer sans budget voté jusqu’à l’élection présidentielle de 2027. Pas un bug, pas une métaphore. Une éventualité que des élus prennent désormais assez au sérieux pour y consacrer une proposition de loi.

Les députés socialistes ont en effet bouclé un texte destiné à permettre à l’État de fonctionner des mois durant, faute d’accord budgétaire. L’idée n’est pas de provoquer ce vide, mais de s’y préparer. Ce qui est en soi un aveu éloquent sur l’état de la vie parlementaire française : on ne cherche plus à éviter la paralysie, on organise la survie en cas de paralysie.

Le gouvernement, lui, refuse catégoriquement d’entendre parler d’une nouvelle loi spéciale. Sa position est compréhensible sur le plan symbolique : admettre ce scénario, c’est admettre publiquement que la fabrique de la loi est à bout de souffle. Mais ce refus ne fait pas disparaître le problème. Il le déplace, il le réprime, il l’aggrave peut-être.

La vraie question n’est pas technique. Elle est politique, au sens le plus brut du terme : comment une démocratie parlementaire en est-elle arrivée à envisager sérieusement une année et demie sans loi de finances votée ? La fragmentation de l’Assemblée nationale, résultat direct des équilibres issus des dernières législatives, a produit une chambre incapable de dégager des majorités stables sur les textes les plus fondamentaux. Voter un budget, acte premier de tout gouvernement républicain, est devenu un exercice périlleux, presque aléatoire.

« Permettre à la France de tenir des mois si aucun budget ne peut être adopté. »

Ce que ce débat révèle, c’est une forme de désorientation institutionnelle. Les partis se positionnent en vue de 2027, les alliances se font et se défont au gré des calculs électoraux, et pendant ce temps la gestion quotidienne de l’État devient la variable d’ajustement. La proposition socialiste a au moins le mérite de nommer le problème et d’y apporter une réponse procédurale. On peut la trouver insuffisante, on peut la trouver prématurée, mais on ne peut pas reprocher à ses auteurs de faire l’autruche.

Il reste une inconnue de taille : si ce scénario du vide budgétaire se matérialisait, quelles seraient les conséquences concrètes sur les services publics, sur les investissements, sur la crédibilité de la France auprès de ses créanciers européens ? Là, personne ne se risque à une réponse claire. Et c’est peut-être le silence le plus inquiétant dans tout ce débat.


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