Un historien fusillé par les nazis en 1944 entre au Panthéon en 2026, et c’est la France d’aujourd’hui qui se retrouve jugée. La cérémonie d’hommage à Marc Bloch, mardi soir, n’était pas qu’un rituel républicain : elle ressemblait à un acte d’accusation différé, adressé autant au passé qu’au présent.
Emmanuel Macron a consacré une vingtaine de minutes à retracer la trajectoire de cet homme qui, selon ses propres mots, « n’a jamais désespéré de la France ». Le discours s’est mué en réquisitoire contre Vichy, contre l’antisémitisme, mais aussi contre ce que le président a qualifié d’« esprit de défaite » qui ronge, selon lui, notre vie publique contemporaine. Formulation habile ou provocation calculée ? Les deux, sans doute.
Car choisir Marc Bloch pour ce moment précis n’est pas anodin. L’historien de la société féodale fut aussi l’auteur de « L’Étrange Défaite », lucide diagnostic d’un pays qui s’était effondré faute d’avoir su regarder la réalité en face. Convoquer ce texte aujourd’hui, c’est pointer un défaut français que Macron dénonce depuis le début de son mandat sans toujours convaincre.
« Il n’a jamais désespéré de la France. »
Le problème avec ce type de grand-messe républicaine, c’est qu’elle peut aussi servir d’écran. Le Panthéon impressionne, les torches éclairent, les discours élèvent. Mais l’émotion collective n’efface pas les fractures réelles. Célébrer un résistant exemplaire est légitime et nécessaire. L’utiliser comme tribune pour rejeter « l’esprit de défaite » sur ses adversaires politiques, c’est une autre opération, moins désintéressée.
Marc Bloch méritait son entrée au Panthéon sans réserve. La question qui demeure est de savoir si la République qu’il a servie jusqu’au bout est à la hauteur de l’hommage qu’elle lui rend.
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