Il y a quelque chose d’étrangement symbolique à tenir un sommet mondial dans une ville de cure. Évian, ses eaux apaisantes, ses grands hôtels Belle Époque et, en toile de fond, une guerre qui redessine l’architecture géopolitique du Moyen-Orient. Emmanuel Macron accueille à partir de ce lundi ses homologues du G7 pour trois jours de discussions dont personne ne peut prédire l’issue tant la situation internationale a basculé depuis la dernière réunion.
Car le contexte est inédit. Fin février, les États-Unis et Israël ont ouvert un conflit armé contre l’Iran. C’est la première fois depuis des décennies qu’une telle confrontation directe entre puissances régionales et occidentales se matérialise. Pour les sept grandes démocraties industrialisées, ce G7 d’Évian est donc bien plus qu’un rituel diplomatique annuel : c’est un test de cohésion sur une crise que personne dans la salle n’avait vraiment anticipée sous cette forme.
La question centrale est simple à formuler, redoutablement difficile à trancher : jusqu’où les alliés européens acceptent-ils de cautionner, voire d’accompagner, une escalade militaire décidée par Washington et Tel Aviv sans véritable consultation préalable ? La France, qui préside ce sommet, se retrouve dans une position inconfortable. Macron a toujours cultivé un positionnement d’intermédiaire, refusant les blocs trop rigides, ménageant des canaux de dialogue. Mais avec une guerre ouverte contre l’Iran, les espaces de médiation se réduisent comme peau de chagrin.
« Il s’agira des premières retrouvailles transatlantiques depuis que les États-Unis et Israël ont déclenché une guerre contre l’Iran à la fin de février. »
Ce G7 dit aussi quelque chose sur l’état du multilatéralisme. La guerre au Moyen-Orient ne sera pas le seul dossier sur la table : les tensions économiques, les chaînes d’approvisionnement fragilisées, l’impact sur les prix de l’énergie et les migrations potentielles liées à un embrasement régional plus large constituent autant de sujets qui mordent directement sur les économies des pays représentés. L’unité de façade sera sans doute préservée dans le communiqué final, comme toujours. Mais les fractures de fond entre une Europe qui préférerait la désescalade et une Amérique déjà engagée militairement seront difficiles à masquer totalement.
Macron, lui, joue une partition complexe. À moins d’un an de la présidentielle française de 2027, ce sommet est aussi une vitrine intérieure, une manière de rappeler que la France compte encore sur la scène mondiale. Organiser ce G7 dans un moment aussi chargé est un pari risqué : si les discussions débouchent sur du vide ou, pire, sur des désaccords visibles, le bilan diplomatique personnel en prendrait un coup. Si en revanche il réussit à dégager une position commune sur la gestion du conflit iranien, même minimale, ce serait un vrai capital politique.
La ville thermale d’Évian soigne les corps fatigués. Les démocraties occidentales, elles, ont besoin d’autre chose : une vision partagée sur le monde qu’elles veulent, ou du moins qu’elles acceptent. Ce n’est pas dans les eaux du Léman que ça se règle.
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