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Quand les orphelins de Forza tentent l’impossible

Il y a des projets qui naissent sous une étoile franchement contrariante. Imaginez : vous quittez l’un des studios les plus bankables du jeu de course, vous fondez votre propre boîte, vous décrochez un partenariat avec Amazon Games comme éditeur, et puis Amazon se retire brutalement du marché AAA en vous laissant sur le carreau, sans filet, sans distributeur, avec trois ans et demi de développement déjà dans les pattes. La plupart des équipes auraient plié bagage. Maverick Games, fondé par Mike Brown, l’ancien directeur créatif de Forza Horizon 5, a choisi une autre option : montrer le gameplay quand même, viser le printemps 2027, et appeler ça Clutch.

Ce culot mérite qu’on s’y attarde. Parce que la vraie question n’est pas de savoir si ce jeu sera beau, les premières images tournant sous Unreal Engine 5 avec une Côte d’Azur reconstituée quasi en 1 pour 1, Monaco inclus, répondent à cela sans ambiguïté. Non, la vraie question est bien plus vertigineuse : peut-on réellement faire mieux que Forza Horizon quand on est précisément les gens qui ont inventé Forza Horizon ? Ou, dit autrement, peut-on s’affranchir de sa propre ombre ?

Ce que Maverick promet avec Clutch est narrativement ambitieux d’une façon que la série mère n’a jamais vraiment osé. L’histoire tourne autour d’une fratrie de pilotes prodiges pris en étau entre une compétition légendaire centenaire appelée le R1K et un collectif clandestin underground, le Midnight Collective. Le joueur explore cette dualité entre la course officielle et la culture de rue, entre le faste et la transgression. C’est cinématographique, référencé, et clairement conçu pour les gens qui trouvaient le ton de Forza Horizon trop lisse, trop propret, trop festival de la bonne humeur permanente.

« La narration cinématique et la campagne scénarisée de Clutch sont au cœur de son expérience dynamique en monde ouvert. »

Sur le plan mécanique, les choix sont tout aussi audacieux. Le harpon, notamment, cristallise parfaitement l’identité du jeu : un outil physique, libre d’utilisation, qui permet d’accrocher une voiture adverse, de s’agripper à un hélicoptère lors de missions scénarisées, ou simplement de perfectionner un virage serré. C’est inventif, potentiellement transformateur, et ça pourrait aussi s’avérer complètement déséquilibré en multijoueur. Le mode PvPvE gendarmes et voleurs, où des joueurs incarnent les forces de l’ordre pendant que d’autres fuient en volant des objets sur la carte, sonne sur le papier comme une idée absolument géniale, ou comme un cauchemar de game design à équilibrer. Probablement les deux.

Ce qui reste en suspens, et c’est là que mon scepticisme pointe son nez, c’est la question éditoriale. Sans éditeur confirmé à ce stade, Maverick Games avance à découvert. Le studio affiche une confiance remarquable, peut-être même calculée pour attirer de nouveaux partenaires, mais une sortie AAA en monde ouvert sur trois plateformes en 2027 sans ligne de distribution solide relève du pari existentiel. L’histoire du jeu vidéo est jonchée de démos prometteuses de studios indépendants qui ont fini par manquer de carburant financier avant la ligne d’arrivée.

Reste que Clutch, dans ses premières images, dégage quelque chose que Forza Horizon a progressivement perdu au fil des épisodes : l’impression que derrière le volant, il y a une vraie histoire humaine qui attend d’être découverte. Si Maverick réussit à tenir cette promesse jusqu’en 2027, la franchise de Microsoft aura un sérieux problème à son propre domicile.


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