Il y a des acteurs qui construisent leur légende à coups de blockbusters et de tapis rouges hollywoodiens. Et puis il y a ceux dont la carrière ressemble à une longue infiltration silencieuse, un travail de sape souterrain qui finit par tout engloutir. Mads Mikkelsen appartient résolument à la deuxième catégorie, et en ce moment il est à l’affiche avec “The Last Viking” de son complice Anders Thomas Jensen, un film qui remet sur le devant de la scène une collaboration aussi discrète que fondatrice.
Parce que c’est bien là le paradoxe Mikkelsen : l’homme capable de rivaliser avec Daniel Craig face à face dans “Casino Royale”, de voler chaque scène dans “Hannibal” et de porter “Doctor Strange” sur ses seules épaules, reste dans l’inconscient collectif un acteur de second plan, un visage qu’on reconnaît sans toujours pouvoir mettre un nom dessus. Sauf que les spectateurs d’AlloCiné, eux, ont tranché : avec une note de 4,2 sur 5, c’est bien “Another Round” (Druk) de Thomas Vinterberg, son Prix d’interprétation masculine à Cannes en 2021, qui trône au sommet de sa filmographie selon le public.
« Je ne joue pas des personnages que j’aime. Je joue des personnages que je comprends. »
Cette nuance dit tout. Là où beaucoup d’acteurs cherchent la sympathie du spectateur, Mikkelsen cherche la vérité du personnage, même quand elle est dérangeante, même quand elle est inconfortable. Dans “Another Round”, il joue un professeur qui expérimente l’ivresse permanente comme remède à la mélancolie moderne. Ce n’est ni héroïque ni condamnable, c’est juste humain et terriblement juste. Et c’est précisément ce type de rôle, ancré dans le réel nordique et dénué de tout artifice spectaculaire, qui lui a valu la Palme de l’interprétation.
La sortie de “The Last Viking” avec Jensen est donc une occasion de mesurer jusqu’où peut aller cette alchimie entre un réalisateur danois qui n’a jamais cherché à plaire à Los Angeles et un acteur qui aurait pu tout sacrifier sur l’autel du mainstream. Ils avaient déjà signé ensemble des films comme “Les Guerriers de l’hiver” et “Adam’s Apples”, des œuvres pas franchement calibrées pour le multiplex du vendredi soir, et pourtant.
La vraie question qui se pose désormais, c’est celle de la durée. Mikkelsen a 58 ans, une filmographie qui tient la route sur toute la ligne, et une popularité internationale qui ne cesse de croître depuis que “Hannibal” a été redécouvert en streaming. Peut-il devenir le premier acteur scandinave à s’imposer comme tête d’affiche absolue à Hollywood sans renier ce qui fait sa singularité ? Les dernières années suggèrent qu’il est en train de réussir ce pari insensé : incarner la profondeur européenne dans un paysage cinématographique qui récompense surtout la superficie.
“The Last Viking” aura du mal à faire salle comble, c’est une certitude. Mais le fait que son public fidèle le plébiscite avec une note pareille en dit long sur un lien qui dépasse largement le simple divertissement.
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