Il y a des images qui font mal, pas seulement pour celui qu’elles montrent, mais pour tout ce qu’elles symbolisent. Un homme assis dans un fauteuil roulant, le visage tuméfié au point d’en être méconnaissable, les mains encore bandées et tachées de sang, escorté hors de l’octogone par son propre frère. Cette image, c’est Ilia Topuria ce dimanche soir à Washington, devant la Maison Blanche, lors de l’UFC Freedom. Et cette image dit tout ce que les mots peinent parfois à exprimer.
Pendant des mois, Topuria a construit autour de lui une aura quasi mystique. Invaincu, couronné, adulé, il se permettait de déclarer avant ce combat quelque chose qui résonne aujourd’hui avec une amertume particulière : pour la première fois, a-t-il confié, il allait entrer dans un octogone où sa vie ne dépendrait pas du résultat. Une manière de se mettre au-dessus de la mêlée, de jouer les décontractés. On connaît la suite.
Justin Gaethje, l’Américain que certains donnaient pour dépassé, pour fini, a retourné la situation comme on retourne un gant. Dominé en début de combat, le vétéran a puisé dans ses réserves, dans cette brutalité froide qui fait sa marque, et a mis fin au règne de Topuria au quatrième round par arrêt de l’arbitre. Le champion géorgien, celui qui avait tout conquis avec une facilité déconcertante, a été laissé dans un état tel que son visage ne ressemblait plus à rien de familier.
« Pour la première fois de ma vie, je vais entrer dans l’octogone où ma vie ne dépend pas de ce qui s’y passe. », Ilia Topuria, avant l’UFC Freedom
Cette phrase, prononcée avec une sérénité qui se voulait inspirante, est devenue le symbole d’une arrogance mal placée. Non pas que la confiance soit un défaut en sport de combat, elle est même souvent nécessaire. Mais il y a une frontière ténue entre la maîtrise mentale et la sous-estimation d’un adversaire comme Gaethje, qui n’a jamais rendu un combat propre ou prévisible de toute sa carrière. Topuria a peut-être trop cru à sa propre légende, et Gaethje, lui, n’a pas lu le script.
Ce qui rend ce moment encore plus troublant, c’est le contexte. Topuria avait célébré la veille avec un dîner de victoire anticipée, allant jusqu’à inscrire « 18-0 » quelque part comme si le résultat était déjà acquis. Le destin a une façon cruelle de remettre les pendules à l’heure. Et les réseaux s’en sont emparés avec une voracité qu’on ne peut pas totalement condamner, tant l’image du fauteuil roulant face à la Maison Blanche concentre à elle seule tout le paradoxe de la soirée.


Reste une question qui plane au-delà de la défaite sportive : Topuria avait évoqué, dans un entretien à Marca, l’idée de se tourner vers la boxe anglaise à moyen terme. Cette débâcle va-t-elle accélérer la réflexion, ou au contraire raviver la flamme d’une revanche à construire en MMA ? L’homme qui quitte l’octogone en fauteuil roulant ce soir n’est pas fini, mais il devra reconstruire quelque chose de plus solide que la certitude.
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