Soumettre ses ministres à un test salivaire de dépistage de drogues : voilà une idée qui, il y a dix ans, aurait semblé sortie d’un roman dystopique sur la Macronie finissante. C’est pourtant la réalité de ce vendredi, signée Sébastien Lecornu.
Le Premier ministre a donc ordonné des tests antidrogue pour les membres du gouvernement, les hauts fonctionnaires et les conseillers. Une première absolue dans la Ve République. L’annonce fait évidemment débat, et le moins qu’on puisse dire, c’est que l’unanimité n’est pas au rendez-vous dans les cercles politico-administratifs concernés.
La question centrale que personne ne pose vraiment : cette mesure est-elle une réponse à un problème documenté, ou un coup de communication à un an de la présidentielle ? Parce qu’imposer des tests à ses propres rangs, c’est d’abord envoyer un signal à l’opinion publique, celui d’un chef de gouvernement qui incarne l’ordre, la rigueur, la moralisation de la vie publique.
« Une démarche inédite qui ne fait pas l’unanimité. »
Le fond pose des questions légitimes. Sur quelle base juridique solide repose cette obligation ? Quel protocole garantit la confidentialité des résultats ? Qui contrôle le contrôleur ? Ces angles morts sont précisément ceux que la communication soigneusement orchestrée autour de la mesure tend à escamoter.
Il y a quelque chose de paradoxal à voir un État qui peine à réformer sa justice, son école ou sa dette publique, mais qui trouve l’énergie pour transformer le Conseil des ministres en zone de dépistage. La moralisation de la vie publique est une cause noble. Mais quand elle se réduit à un geste spectaculaire sans cadre clair, elle ressemble davantage à de la politique-spectacle qu’à une vraie réforme de fond.
Lecornu joue au shérif. L’élection, elle, n’attend pas.
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