Politique & Economie

Rétention prolongée : la France fait le choix du symbole plutôt que de l’efficacité

Il y a des votes parlementaires qui font du bruit pour de bonnes raisons, et d’autres qui font du bruit pour les mauvaises. Celui de mardi à l’Assemblée nationale appartient clairement à la seconde catégorie. Par 345 voix contre 177, les députés ont définitivement adopté une proposition de loi allongeant la durée de rétention administrative pour les étrangers en situation irrégulière jugés dangereux. Un texte soutenu par le gouvernement, voté avec le concours de l’extrême droite, et immédiatement cloué au pilori par la gauche.

La question qui se pose n’est pas idéologique dans un premier temps : elle est purement pragmatique. Allonger la durée de rétention, concrètement, que change-t-il à la réalité des expulsions effectives ? Pas grand-chose, selon les chiffres que l’on connaît du système. La France peine depuis des années à exécuter ses obligations de quitter le territoire, non pas faute de temps pour retenir les personnes concernées, mais faute d’accords consulaires fonctionnels avec les pays d’origine et faute de moyens logistiques suffisants. Retenir plus longtemps quelqu’un dont le pays refuse de délivrer un laissez-passer consulaire ne résout aucun problème structurel. Ça coûte, ça mobilise des ressources, et le résultat reste identique.

Ce que ce texte fait en revanche très bien, c’est envoyer un signal politique. Et c’est là que le débat devient intéressant, et un peu inquiétant. Le gouvernement a soutenu une mesure dont l’efficacité opérationnelle est contestable, pour récolter une victoire symbolique sur un terrain où l’extrême droite a imposé son agenda depuis des années. Le calcul est lisible : montrer que la majorité sait être ferme, qu’elle n’est pas naïve, qu’elle peut gérer l’immigration avec une main plus lourde. Sauf que gouverner par le symbole finit toujours par revenir en boomerang quand les résultats concrets ne suivent pas.

« Aussi inefficace que dangereux » : c’est en ces termes que la gauche a résumé ce texte, dénonçant un vote acquis avec les voix de l’extrême droite.

La critique de la gauche, même formulée avec son habituelle dramaturgie, n’est pas entièrement fausse sur le fond. Non pas parce que la rétention serait en elle-même illégitime, mais parce que voter une loi dont on sait qu’elle n’améliorera pas significativement le taux d’éloignement effectif, c’est se raconter des histoires. Et se raconter des histoires sur l’immigration, c’est précisément ce qui a nourri la défiance envers toutes les politiques migratoires depuis deux décennies.

Ce qui frappe ici, c’est aussi la géographie des alliances. Quand un texte gouvernemental ne passe qu’avec les voix du Rassemblement national, cela pose une question de fond sur la solidité de la majorité et sur la direction dans laquelle elle cherche à construire ses compromis. Ce n’est pas une question morale abstraite, c’est une question de cohérence politique très concrète. À quel moment le pragmatisme de court terme devient-il une dépendance structurelle ? La prochaine échéance législative difficile nous donnera peut-être un début de réponse.


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