Organiser une primaire quand on s’entend déjà plus sur qui peut y participer, c’est construire une maison sur du sable. C’est pourtant exactement là où en sont le Parti socialiste et les Écologistes, à moins d’un an du scrutin présidentiel qui pourrait redessiner le paysage politique français.
Le PS soumettra deux scénarios distincts au vote de ses militants le 9 juillet. Deux scénarios, cela veut dire une chose simple : les discussions ont échoué. Les divergences portent à la fois sur les formations politiques admises à participer et sur le corps électoral, autrement dit sur les règles du jeu elles-mêmes. Quand on ne s’entend pas sur les règles avant même de jouer, le résultat de la partie est rarement glorieux.
Ce qui frappe d’abord, c’est le vertige de l’occasion ratée. La gauche non insoumise disposait d’une fenêtre réelle depuis les législatives de 2024. Le rejet de la rue comme de l’opinion pour les extrêmes, une attente de clarté, un espace électoral à prendre. Au lieu de capitaliser sur ce moment, PS et Écolos ont préféré se perdre dans des querelles procédurales qui sentent les vieilles habitudes.
Le paradoxe est cruel : plus la gauche institutionnelle parle d’union, plus elle expose ses fractures. Chaque communiqué sur la méthode renforce l’idée qu’il n’y a pas de fond commun. Les électeurs de gauche modérée, ceux que Raphaël Glucksmann a réussi à mobiliser aux européennes de 2024, ne regardent pas ces palabres avec enthousiasme. Ils les regardent avec lassitude.
« Deux scénarios au vote, c’est une victoire de l’indécision habillée en démocratie interne. »
La question de fond reste entière : une primaire sert à désigner le meilleur candidat pour gagner, pas à gérer les équilibres internes de chaque parti. Si le processus est conçu pour satisfaire des appareils plutôt que pour séduire des électeurs, il produira précisément ce qu’il veut éviter : un candidat fragile, sorti d’un processus contesté, arrivant épuisé au premier tour.
L’ombre de Jean-Luc Mélenchon plane évidemment sur tout cela. LFI n’est pas dans les discussions, mais sa seule existence force PS et Écolos à se positionner par rapport à lui, soit en tentant de l’inclure à terme, soit en construisant une offre explicitement alternative. Ce positionnement non assumé est précisément ce qui paralyse les négociations. On ne peut pas être à la fois ouvert à toute la gauche et clairement distinct de La France Insoumise : il faut choisir.
Le 9 juillet, les militants socialistes voteront donc non pas pour un candidat, ni même pour un programme, mais pour une méthode. C’est mince. Et dans une séquence politique où Marine Le Pen reste sous le coup de sa condamnation en appel, où le camp macroniste cherche son successeur et où la droite classique tente un retour, la gauche modérée n’a pas le luxe de gaspiller des mois en débats sur les règles du jeu.
La Présidentielle 2027 n’attend pas.
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