Politique & Economie

Burkina Faso : Traoré claque la porte

Vendredi 26 juin, un coup de tonnerre diplomatique s’est abattu sur ce qui reste des liens entre Paris et l’Afrique de l’Ouest francophone : le capitaine Ibrahim Traoré a annoncé la rupture totale des relations diplomatiques entre le Burkina Faso et la France. Pas une expulsion d’ambassadeur, pas une convocation, une rupture franche, définitive, symboliquement chargée.

Ce geste ne sort pas du néant. Depuis son arrivée au pouvoir par un coup d’État en octobre 2022, Traoré a méthodiquement construit son image en rupture avec l’ordre postcolonial francophone. Expulsion des forces spéciales françaises, remise en cause des accords de défense, rapprochement assumé avec Moscou via Wagner puis Africa Corps : chaque étape a été une marche de plus vers cette rupture formelle. Le 26 juin n’est pas une surprise, c’est une conclusion logique d’un tournant engagé depuis près de quatre ans.

Les conséquences concrètes sont néanmoins lourdes. Selon les sources disponibles, quelque 2 500 ressortissants français vivent encore au Burkina Faso. Ils se retrouvent désormais sans ambassade ni consulat opérationnel, les agents diplomatiques devant être rapatriés. Pour ces civils, qu’ils soient humanitaires, entrepreneurs ou binationaux, la situation vire à l’impasse administrative et sécuritaire dans un pays déjà ravagé par une insurrection djihadiste qui contrôle des pans entiers du territoire.

Une rupture diplomatique, c’est toujours deux pays qui se tournent le dos en prétendant que l’autre a bougé en premier.

La grande question est de savoir ce que Traoré gagne réellement à cette radicalisation. Sur le plan intérieur, l’opération est rentable : jouer la carte antifrançaise mobilise une frange de la population urbaine, jeune, nourrie de récits panafricanistes et profondément excédée par des décennies d’ingérence perçue. Sur le plan sécuritaire en revanche, le bilan est catastrophique. Depuis que les forces françaises ont quitté la région, les groupes affiliés à l’État islamique et à Al-Qaïda ont considérablement étendu leur emprise. Le Burkina Faso est aujourd’hui l’un des pays les plus meurtris au monde par le terrorisme, et aucun partenaire de remplacement, ni la Russie ni d’autres, n’a inversé cette tendance.

Paris, de son côté, se retrouve dans une posture délicate. Réagir trop fort risque de valider la rhétorique de Traoré. Rester silencieux, c’est accepter une éviction supplémentaire après le Mali et le Niger, qui ampute encore davantage l’influence française dans une région où elle était déjà en lambeaux. Le nouveau contexte diplomatique européen, avec une France absorbée par ses propres turbulences politiques et une attention internationale focalisée sur l’Ukraine ou le Moyen-Orient, laisse peu de marge de manœuvre à l’Élysée.

Ce qui est en train de se construire au Sahel ressemble à un arc de régimes militaires ouvertement hostiles à l’Occident, de Bamako à Niamey en passant par Ouagadougou, avec la bénédiction tacite de Moscou. La rupture burkinabè est une pièce de plus dans ce puzzle géopolitique qui redistribue les cartes africaines à une vitesse que les chancelleries européennes peinent encore à absorber. La vraie question n’est plus de savoir si la France peut regagner du terrain, mais si elle a seulement une stratégie pour endiguer l’hémorragie.


En savoir plus sur Glorieux Geek

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

dwgaming

administrator
Rédacteur passionné de culture geek, gaming, sport et actualité. Fondateur de Glorieux Geek, le site d'actu geek en français.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *