Certains films ne devraient jamais être touchés. Pas par respect figé pour le passé, mais parce qu’ils appartiennent à une catégorie rare : ceux qui tiennent leur puissance d’un équilibre si fragile, si personnel, qu’une seule mauvaise décision suffit à tout faire s’effondrer. « Possession » d’Andrzej Żuławski (1981) est de ceux-là.
Quarante-cinq ans après sa sortie, Parker Finn, réalisateur des deux volets de « Smile », s’attaque à ce monument du cinéma horrifique européen. Le casting annoncé a de quoi faire parler : Margaret Qualley dans le rôle qu’Isabelle Adjani a rendu légendaire, avec Callum Turner et Paul Dano en soutien. Sur le papier, la combinaison est séduisante, presque trop propre pour un film qui, dans sa version originale, était tout sauf calculé.
Car c’est là que le projet soulève une vraie question. « Possession » n’est pas un film d’horreur au sens conventionnel du terme. C’est une descente dans la dissolution d’un couple, une œuvre viscérale, déstabilisante, qui doit autant à l’expressionnisme qu’au cinéma de genre. La performance d’Adjani, récompensée à Cannes, était une incarnation totale, presque insensée. Refaire ça n’est pas un remake, c’est une confrontation directe avec l’un des sommets du jeu d’acteur des années 1980.
« Parker Finn a prouvé avec Smile qu’il sait installer une tension durable. Mais Smile était une idée originale. Ici, il hérite d’une œuvre qui a une âme propre. »
La filmographie récente de Parker Finn plaide en sa faveur sur un point : il comprend que l’horreur efficace repose sur une mécanique psychologique, pas uniquement sur le sursaut. « Smile » et sa suite ont construit leur angoisse sur la durée, avec une cohérence de ton réelle. Ce n’est pas rien. Mais « Possession » opère sur un registre autrement plus instable, entre drame conjugal déchirant, body horror et absurde existentiel. Le réduire à un thriller horrifique standard serait une trahison.
Margaret Qualley, elle, a montré à plusieurs reprises une capacité à s’engager physiquement et émotionnellement dans des rôles extrêmes. « The Substance » en 2024 l’a confirmé : elle n’a pas peur de l’inconfort. C’est peut-être l’argument le plus solide en faveur de ce projet, le seul qui permette d’envisager qu’on ne soit pas simplement face à une opération de recyclage commercial.
Le vrai risque n’est pas l’échec artistique en soi, c’est l’effacement symbolique. Quand un remake hollywoodien s’approprie un classique européen, il en devient souvent la version de référence pour les nouvelles générations, par simple effet de distribution et de budget marketing. Si le film de Finn finit banal, il ne détruira pas l’original, mais il en occultera l’accès pour beaucoup. Et ça, c’est un dommage concret.
Rien n’est confirmé sur la date de tournage ou de sortie. On peut imaginer une mise en production d’ici fin 2026, mais le projet en est encore à ses prémices. Ce qui est acté, c’est la vision d’un studio prêt à miser sur un matériau risqué avec un réalisateur en ascension et une actrice au sommet de sa forme. Reste à savoir si l’ambition sera à la hauteur du respect que ce film mérite.
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