Rendre le pouvoir aux Français : l’expression est belle, presque trop belle pour ne pas susciter la méfiance. Pourtant, c’est le pari que Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères, a décidé de mettre sur la table ce dimanche, en se positionnant clairement dans la course à la présidentielle de 2027.
Le diagnostic posé par Barrot est difficile à contester : la démocratie française s’érode, coincée entre une extrême gauche incarnée par LFI et une extrême droite portée par le RN, deux forces qui prospèrent précisément sur le sentiment d’impuissance des citoyens. Face à ce double étau, il propose deux mesures phares : un référendum sur la décentralisation et un service civique obligatoire. L’idée est de renouer un lien direct entre les Français et leurs institutions, de court-circuiter la désaffection qui nourrit les votes protestataires.
C’est là où l’analyse mérite qu’on s’y attarde. Le référendum sur la décentralisation n’est pas une nouveauté dans le débat politique français, et les élections de Nouvelle-Calédonie ce même dimanche, avec leur blocage institutionnel et leurs majorités introuvables, rappellent à quel point réorganiser le pouvoir territorial est un exercice périlleux. Quant au service civique obligatoire, l’idée divise : certains y voient un outil de cohésion nationale, d’autres une contrainte supplémentaire imposée à une jeunesse déjà sous pression.
« Rendre le pouvoir aux Français » face au RN et à LFI, dit Barrot, mais encore faut-il que les Français croient que ce pouvoir, une fois rendu, changera vraiment quelque chose.
Le vrai défi de Barrot n’est pas programmatique : c’est la crédibilité. Il parle depuis un gouvernement dont le ministre des Comptes publics reconnaît lui-même être assis sur un baril de poudre financier. Promettre plus de démocratie quand les marges budgétaires se réduisent à vue d’oeil, c’est un exercice d’équilibriste politique qui reste entier.
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