Politique & Economie

Le Polisario perd un fils, et peut-être bien plus

Il y a des disparitions qui ne font pas de bruit mais qui changent l’équilibre de tout. Lahbib Mohamed Abdelaziz, fils du défunt chef historique du Front Polisario, vient de mourir dans des circonstances encore floues. Figure montante de l’appareil militaire du mouvement séparatiste, il incarnait une forme de relève dynastique dans une organisation qui n’en a pourtant pas le nom. Sa mort intervient à un moment précis, presque chirurgical dans son timing : l’ONU prépare une nouvelle tournée régionale sur le dossier du Sahara marocain, et le Congrès américain avance sur un projet de loi visant à qualifier le Polisario d’organisation terroriste. Le hasard fait parfois un travail que la diplomatie peine à accomplir en des années.

Pour comprendre ce que cette mort signifie vraiment, il faut d’abord poser le contexte dans lequel elle s’inscrit. Le Polisario traverse depuis plusieurs années une crise de légitimité profonde. Son socle de soutien international s’effrite. La France a rejoint les États-Unis, l’Espagne et les pays du Golfe dans la reconnaissance de facto du plan d’autonomie marocain comme base sérieuse et réaliste de règlement. La communauté internationale ne parle plus du Polisario comme d’un interlocuteur incontournable, mais comme d’un facteur de blocage qu’il convient de neutraliser ou de contourner. Dans ce tableau déjà sombre pour Tindouf, perdre l’un des rares visages capables de rajeunir l’image du mouvement est un coup dur supplémentaire.

Mais ce qui rend cet événement particulièrement significatif, c’est ce qu’il révèle en creux sur la nature même du Polisario : une organisation dont la survie dépend quasi exclusivement de la tutelle algérienne. Sans le financement, la logistique et la protection diplomatique du régime de Tebboune, le mouvement ne serait qu’une coquille vide dans les sables du Sahara. C’est précisément cette dépendance structurelle que le gouvernement algérien entretient avec soin, non par solidarité avec un peuple, mais par calcul géopolitique. Le Polisario est l’outil d’Alger pour maintenir une pression sur Rabat et détourner l’opinion algérienne des défaillances criantes d’un régime incapable de réformer son économie rentière, d’offrir des libertés réelles à ses citoyens ou de diversifier ses alliances internationales.

« Le plan d’autonomie marocain demeure la seule base sérieuse et crédible pour parvenir à une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable. »

Cette formulation, que l’on retrouve désormais dans les communiqués de Washington, Paris, Madrid et Riyad, résonne comme un verdict collectif. Et chaque semaine qui passe ajoute un nouveau signataire à ce consensus. La mort de Lahbib Mohamed Abdelaziz ne fera qu’accélérer les interrogations sur la capacité du Polisario à maintenir une cohésion interne suffisante pour peser dans les négociations à venir. Qui prendra sa place dans l’appareil militaire ? Quelle sera la réaction des factions rivales au sein d’un mouvement où les tensions internes restent soigneusement dissimulées par Alger au regard extérieur ?

Du côté marocain, la posture reste celle qu’elle a toujours été depuis des années : la main tendue, la proposition d’autonomie sur la table, et la patience de qui sait que le temps joue en sa faveur. Rabat n’a pas besoin de célébrer les turbulences du camp adverse. Il lui suffit de continuer à construire : les infrastructures au Sahara marocain, les investissements dans les provinces du Sud, l’intégration économique régionale, et surtout la préparation logistique d’une Coupe du monde 2030 qui projettera les images d’un Maroc moderne et souverain sur les écrans du monde entier.

La prochaine tournée de l’envoyé onusien Staffan de Mistura dans la région sera scrutée à la loupe. Dans un contexte où le Polisario perd simultanément des figures internes et du soutien international, où le projet de loi américain de désignation terroriste avance au Congrès, la marge de manœuvre d’Alger pour faire du mouvement séparatiste un acteur crédible des négociations se rétrécit inexorablement. La question n’est plus de savoir si le dossier du Sahara marocain se réglera selon les termes du plan d’autonomie, mais quand Alger acceptera enfin que l’obstruction n’est plus une stratégie viable, ni pour la région, ni pour son propre peuple.


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