Un Oscar dans une main, une note de 4 sur 5 sur AlloCiné dans l’autre : quel film d’action de l’année passée a réussi ce double exploit rarissime, conquérant à la fois l’académie hollywoodienne et le grand public français ? La question mérite qu’on s’y arrête, parce que ce genre de convergence ne se produit presque jamais.
Le cinéma d’action traverse depuis quelques années une crise de confiance sérieuse. Les blockbusters se succèdent, bourrés d’effets numériques et vidés de toute tension narrative, et les spectateurs le ressentent. La recette Marvel fatigue, les franchises s’essoufflent à coups de reboots prévisibles, et le public, lui, vote avec ses pieds et ses étoiles. Alors quand un film d’action décroche un Oscar tout en affichant une note spectateurs aussi élevée sur la plateforme francophone de référence, c’est un signal fort : quelque chose de différent s’est passé devant la caméra.
Ce qui frappe dans les retours des internautes AlloCiné, c’est le vocabulaire employé : “frisson”, “émotion au paroxysme”, des mots qu’on associe rarement au genre action dans sa version la plus commerciale. Cela suggère un film qui a misé sur l’écriture et les personnages autant que sur les séquences spectaculaires, ce qui reste hélas l’exception plutôt que la règle en 2025.
“Le frisson et l’émotion au paroxysme” : voilà ce que les spectateurs retiennent, et c’est précisément ce que le cinéma d’action grand public a oublié de faire depuis trop longtemps.
L’Oscar vient confirmer ce ressenti populaire avec une légitimité institutionnelle. On peut débattre à l’infini de la pertinence des récompenses hollywoodiennes, mais quand un film d’action décroche une statuette, c’est généralement parce qu’il a su dépasser les codes du genre, proposer quelque chose de plus ambitieux que la course-poursuite calibrée pour les bandes-annonces YouTube.
Ce qui est intéressant à analyser ici, c’est ce que ce succès dit de l’état du cinéma d’action en ce moment. Le public n’a pas tourné le dos au genre, contrairement à ce que certains producteurs semblent croire en multipliant les formules creuses. Il a tourné le dos aux films qui le prennent pour acquis, qui misent sur la nostalgie d’une licence ou le nom d’un acteur bankable pour éviter de travailler l’écriture. Un vrai scénario, une vraie tension, de vraies performances : la recette n’a pas changé, c’est son application qui s’est raréfiée.
La question qui se pose désormais est simple : est-ce que Hollywood va tirer les leçons de ce type de succès, ou continuer à inonder les salles de suites formatées en se demandant pourquoi les gens restent chez eux ? Les studios ont la mémoire courte, et les comités de développement ont une fâcheuse tendance à dupliquer la surface d’un succès sans en comprendre les fondations. On peut imaginer une vague de films d’action “à Oscar” aussi authentiques qu’un menu de fast-food servi sur nappe en lin. L’avenir dira si cette réussite inspire ou si elle est simplement pillée.
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