Politique & Economie

Il aime l’inflation : la déclaration qui devrait terrifier les marchés

Il y a des phrases qui, prononcées par n’importe quel autre dirigeant, déclencheraient immédiatement une crise de confiance sur les marchés obligataires, une volée de critiques des banques centrales et un rappel solennel des fondamentaux macroéconomiques. Mais quand Donald Trump déclare « aimer » l’inflation, le monde retient son souffle une seconde, hausse les épaules, et continue de tourner. Pourtant, les chiffres publiés en juin 2026 méritent qu’on s’y arrête vraiment.

En mai 2026, la hausse des prix aux États-Unis s’établit à 4,2 % sur un an, contre 3,8 % en avril, selon Le Monde. C’est une accélération franche, pas un soubresaut statistique. Quatre virgule deux pour cent dans une économie qui reste la première du monde, à quelques mois d’élections de mi-mandat dont l’issue dépendra en grande partie du pouvoir d’achat des ménages américains : le timing ne pourrait pas être plus mal choisi, ou plus révélateur.

Mais remettons cette déclaration en contexte. Dire « aimer » l’inflation est vraisemblablement une façon trumpienne de défendre sa politique tarifaire et de croissance par la dette : l’inflation érode la valeur réelle de la dette publique, avantage les débiteurs, et peut temporairement doper les chiffres du PIB nominal. C’est une logique cohérente, à condition d’accepter que ce sont les épargnants, les retraités et les salaires fixes qui en paient le prix. Ce n’est pas une erreur de communication, c’est un choix assumé, et c’est précisément ce choix qu’il faut analyser.

« Les prix ont augmenté, en mai, de 4,2 % sur un an, contre 3,8 % en avril, une très forte accélération à quelques mois des élections de mi-mandat. »

Ce qui rend la situation particulièrement inconfortable sur le plan économique, c’est que la Cour suprême américaine a déjà dû annuler les surtaxes douanières généralisées en février 2026, jugeant que Trump avait outrepassé ses pouvoirs constitutionnels. Le Trésor américain a d’ailleurs remboursé 22 milliards de dollars en mai à la suite de cette décision. Autrement dit, l’arsenal tarifaire censé « protéger » l’économie américaine a été partiellement neutralisé par le judiciaire, et l’inflation continue quand même de grimper. Ce n’est pas la politique commerciale seule qui est en cause, c’est une combinaison de déficits budgétaires massifs, d’une Fed sous pression politique et d’une demande intérieure qui résiste. La recette de l’inflation durable est en place.

Pour l’Europe et la France, l’équation est délicate : une inflation américaine persistante pousse le dollar à rester fort, complique les arbitrages de la BCE et renchérit les importations libellées en dollars. Les entreprises exportatrices françaises peuvent en tirer un avantage compétitif à court terme, mais l’incertitude sur la politique monétaire américaine reste un facteur de volatilité réel pour les marchés obligataires européens.

La vraie question que pose ce moment est simple : jusqu’où les marchés peuvent-ils absorber des déclarations aussi iconoclastes sans repricing brutal du risque ? La réponse, pour l’instant, semble être « très loin ». Mais les élections de mi-mandat approchent, et l’inflation, elle, n’attend pas les bulletins de vote.


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