Deux jumelles, un prêtre catholique isolé, une arme chargée et des secrets que la caméra traque comme un voyeur invisible. Voilà la promesse de Godhead, le nouveau long-métrage de Mark H. Rapaport présenté au festival Fantasia, et franchement, ça fait un bien fou de voir un film d’horreur qui mise tout sur la tension psychologique plutôt que sur les jump scares en série.
Le pitch tient en quelques mots : un prêtre rural se retrouve confronté à des jumelles qui font voler en éclats toutes ses certitudes, dans un huis clos filmé en noir et blanc à l’atmosphère suffocante. La caméra ne lâche rien, elle observe, elle fouille, elle gêne. Ce n’est pas un film qui cherche à plaire, c’est un film qui cherche à déranger, et c’est précisément ce qui le rend intéressant dans un paysage où l’horreur grand public tourne souvent en rond.
Ce qui frappe dans les premières descriptions, c’est la façon dont Rapaport mêle foi, mensonge et désir dans une chorégraphie opaque entre ses personnages. Le fanatisme religieux comme carburant dramatique, ce n’est pas nouveau, mais le traiter sous l’angle de la perversion des apparences, avec un duo de jumelles comme catalyseur, rappelle les grands thrillers de chambre des années 1970, ceux qui préféraient l’inquiétude sourde à l’effet spectaculaire.
« Un cours magistral sur l’art de faire monter la pression, tourné dans un noir et blanc qui transforme le spectateur en complice involontaire. »
Le festival Fantasia, pour ceux qui ne connaissent pas, est l’une des vitrines mondiales les plus sérieuses pour le cinéma de genre. Quand un film y reçoit ce type de réception critique, c’est rarement par hasard. Godhead coche plusieurs cases qui font défaut au cinéma d’horreur actuel : un budget visiblement maîtrisé, un propos (la foi comme territoire de manipulation), et une mise en scène qui refuse le confort du spectateur.
Le risque, évidemment, c’est que ce type de film reste cantonné au circuit festivalier sans jamais trouver de distributeur en France. L’horreur psychologique, austère, en noir et blanc, ça ne remplit pas les multiplexes. Mais c’est aussi exactement ce qui lui donne de la valeur : dans un marché saturé de franchises prévisibles, un film qui prend le risque de déstabiliser plutôt que de rassurer mérite qu’on se batte pour le voir sortir ici.
La question qui plane maintenant est celle de la suite du parcours festivalier et d’une éventuelle acquisition internationale. Si une plateforme comme MUBI ou même Shudder met la main dessus, les amateurs du genre auront de quoi se réjouir cet automne. En attendant, Godhead s’impose déjà comme l’un des films à suivre de près, le genre de petite bombe qui explose lentement.
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