Films & Séries

Del Toro interdit l’IA dans son chef-d’œuvre

Vingt ans après sa sortie, un film continue de hanter les cinéphiles comme au premier jour. Et son créateur entend bien que cette magie reste intacte, quitte à prendre position dans l’un des débats les plus brûlants de l’industrie.

Guillermo del Toro était de retour au Comic-Con de San Diego cette semaine pour annoncer la ressortie en salles du Labyrinthe de Pan, le 9 octobre prochain, en version 3D et HDR. Vingt ans après sa première mondiale, le film retrouve les écrans dans un écrin technique entièrement retravaillé. Mais c’est une autre annonce qui a fait le plus parler dans les travées de la salle H : le cinéaste mexicain a tenu à préciser, sans ambiguïté, que la conversion avait été réalisée sans la moindre intervention de l’intelligence artificielle.

Sa formulation, directe et sans fioritures, a électrisé le public présent.

« Absolument aucune IA dans ce film. Nous protégeons une lignée artistique. »

L’anecdote serait anodine si elle n’illustrait pas un tournant profond dans la façon dont Hollywood aborde ses classiques. À l’heure où plusieurs studios misent sur l’IA générative pour accélérer et réduire les coûts de restauration, de colorisation ou de conversion 3D, del Toro fait le choix inverse, assumé et revendiqué. Il affirme avoir supervisé lui-même le processus avec les techniciens, en s’appuyant sur des méthodes éprouvées. Aucun raccourci algorithmique, aucun modèle entraîné sur des millions d’images.

Ce positionnement arrive à un moment particulièrement tendu. La grève des scénaristes et des acteurs de 2023 avait mis en lumière la menace que représente l’IA pour les métiers créatifs. Depuis, les déclarations se multiplient, mais les actes restent rares. Del Toro, lui, choisit de montrer l’exemple sur une œuvre qui lui est visiblement très chère, un film triple lauréat aux Oscars qui avait transformé le conte de fées en miroir de la brutalité franquiste.

La question qui se pose naturellement est celle de la reproductibilité d’un tel choix. Le Labyrinthe de Pan est une propriété personnelle, portée par un auteur qui conserve un contrôle artistique rare dans l’industrie actuelle. Les grands studios, soumis à des impératifs financiers bien différents, feront-ils un jour ce même choix pour leurs propres restaurations ? La pression des actionnaires et les économies d’échelle permises par l’IA rendent la réponse peu probable à court terme.

Il y a pourtant un argument commercial que del Toro n’a pas eu besoin de formuler : l’authenticité se vend. Le public cinéphile, qui représente une part considérable des entrées lors de ressortis en salles, est précisément celui qui réagit le plus violemment à toute altération perçue d’un classique. La polémique autour de certaines restaurations colorisées ou surtraitées numériquement l’a démontré à plusieurs reprises. Promettre une expérience sans IA, c’est aussi un argument marketing redoutable, même si ce n’est sans doute pas la motivation première du réalisateur.

La ressortie est prévue pour le 9 octobre. Entre-temps, le débat sur la place de l’IA dans la préservation du patrimoine cinématographique ne fera que s’intensifier.


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Rédacteur passionné de culture geek, gaming, sport et actualité. Fondateur de Glorieux Geek, le site d'actu geek en français.

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