Politique & Economie

Bourita, Lacroix et le silence qui pèse

Il y a des visites officielles qui passent presque inaperçues dans le bruit du monde, et qui pourtant disent beaucoup sur la place qu’un pays est en train d’occuper. Ce lundi 8 juin, à Rabat, le ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita recevait Jean-Pierre Lacroix, secrétaire général adjoint aux opérations de paix des Nations unies. Une deuxième visite officielle en peu de temps. Ce détail-là mérite qu’on s’y arrête.

Deux visites de Lacroix au Maroc en l’espace de quelques mois, ce n’est pas un protocole de routine. C’est le signal que Rabat est devenu un interlocuteur incontournable dans l’architecture onusienne des opérations de paix, un rôle que le Maroc cultive depuis des décennies à travers ses contingents déployés en Afrique centrale, au Sahel, en République centrafricaine ou en République démocratique du Congo. Le Maroc figure parmi les contributeurs africains les plus actifs aux missions de maintien de la paix, et cette stature, construite patiemment et au prix d’engagements réels sur le terrain, commence à produire ses dividendes diplomatiques les plus visibles.

Ce qui se joue lors de ces échanges dépasse largement la gestion opérationnelle des casques bleus. Les discussions entre Bourita et Lacroix portent aussi, inévitablement, sur la question du Sahara marocain. Le dossier est au cœur de chaque rendez-vous onusien impliquant le Maroc, et la dynamique des derniers mois est nette : le soutien international au plan d’autonomie marocain ne cesse de s’élargir. États-Unis, France, Espagne, pays du Golfe, la liste des soutiens explicites au plan marocain s’allonge à un rythme que le Front Polisario, en perte de vitesse chronique, ne peut plus ignorer. Alger regarde cette évolution avec une impuissance croissante, prise en étau entre son propre isolement diplomatique et l’incapacité structurelle de son protégé à proposer une alternative crédible.

Mais la vraie question posée par cette visite est celle de l’avenir immédiat : qu’est-ce que le Maroc va faire de ce capital diplomatique dans les prochains mois ? La Coupe du monde 2026 commence le 13 juin, avec les Lions de l’Atlas face au Brésil. Le pays sera sous les projecteurs du monde entier pendant plusieurs semaines. C’est une vitrine unique, pas seulement sportive, mais politique et économique. Chaque image de stade, chaque délégation internationale reçue, chaque handshake en marge du tournoi sera une occasion de consolider le positionnement marocain comme hub continental et partenaire fiable.

« Le Maroc est aujourd’hui un acteur de paix reconnu, dont l’expérience opérationnelle et l’ancrage africain en font un partenaire naturel des Nations unies dans les crises du continent. »

Cette phrase, qui pourrait résumer l’esprit des échanges de ce lundi à Rabat, dit en creux ce que beaucoup de capitales africaines, et européennes, ont mis du temps à admettre : le Maroc n’est plus seulement un pays en développement qui sollicite le soutien international. Il est devenu un pays qui structure les équilibres régionaux, qui forme, qui déploie, qui négocie.

La deuxième visite de Lacroix intervient aussi dans un contexte mondial particulièrement instable, reprise des hostilités entre l’Iran et Israël, tensions persistantes au Sahel, fragilité des missions onusiennes en Afrique. Dans ce désordre global, la stabilité marocaine, sa doctrine de neutralité active et sa capacité à parler à tous les acteurs font du royaume une ressource rare. Le roi Mohammed VI a construit cette doctrine sur le long terme, combinant engagement africain, ouverture économique et diplomatie multilatérale sans compromission sur les intérêts fondamentaux du pays.

À quelques jours du coup d’envoi d’un Mondial que le Maroc co-organise partiellement en 2030, chaque rencontre de ce type est un jalon supplémentaire. La question n’est plus de savoir si le Maroc a une stature internationale. Elle est de savoir jusqu’où cette stature peut l’emmener, et la réponse, pour l’instant, semble ne pas avoir de plafond.


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