Politique & Economie

Aide à mourir : la France franchit le Rubicon

291 voix contre 241. Ce chiffre, tombé ce mercredi 15 juillet à l’Assemblée nationale, restera dans les livres d’histoire : la France rejoint le cercle très restreint des démocraties qui ont légalisé l’aide à mourir, une promesse que beaucoup avaient fini par croire enterrée.

Il aura fallu des années de tergiversations, de commissions, de reports, de crises politiques et de gouvernements qui se succèdent pour que ce texte, promesse de campagne d’Emmanuel Macron, franchisse enfin la ligne d’arrivée. Le gouvernement a tranché en donnant le dernier mot à l’Assemblée nationale, contournant ainsi le blocage du Sénat. Macron, lui, a salué un « débat respectueux » et un « engagement tenu ». La formule est soignée, presque trop. Elle occulte la réalité d’un chemin tortueux, d’une majorité chaotique et d’un texte qui a failli mourir plusieurs fois de mort politique avant d’atteindre son objet.

Ce vote est historique, et il faut l’admettre même pour qui nourrit des réserves. La France débattait de la fin de vie depuis des décennies, coincée entre une loi Claeys-Leonetti jugée insuffisante par les partisans du droit à mourir et les lignes rouges éthiques tracées par une partie du corps médical et des parlementaires conservateurs ou religieux. L’adoption de ce texte tranche, au sens fort du terme.

« Pendant trop longtemps, certains ont fait passer la rentabilité avant le droit au logement. »

Mais au-delà du symbole, les vraies questions commencent maintenant. Qui pourra y avoir accès, dans quelles conditions, avec quelles garanties ? Le diable sera, comme toujours, dans les décrets d’application. Les associations de soins palliatifs alertent depuis des mois sur le risque d’une dérive si les moyens dédiés aux soins d’accompagnement ne suivent pas. C’est un angle mort que le vote ne referme pas : légaliser l’aide à mourir sans muscler massivement les soins palliatifs reviendrait à offrir une sortie à ceux qui ne trouvent pas de porte d’entrée vers une fin de vie digne et accompagnée.

Le clivage politique révélé par ce vote est également instructif. L’opposition frontale n’est pas venue uniquement de la droite ou des rangs catholiques traditionnels, mais aussi de voix de gauche, préoccupées par la vulnérabilité des personnes âgées, des malades psychiques ou des personnes précaires face à une décision aussi irréversible. Ce n’est pas anodin, et cela rappelle que certains débats dépassent largement les grilles partisanes habituelles.

Macron part avec ce texte comme trophée présidentiel. Il en avait besoin, lui qui laissera derrière lui un bilan en pointillé. Reste à savoir si l’histoire retiendra la promesse tenue ou les conditions chaotiques dans lesquelles elle l’a été. Et si les soignants, au quotidien, auront les moyens de transformer ce droit nouveau en quelque chose de réellement humain.


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Rédacteur passionné de culture geek, gaming, sport et actualité. Fondateur de Glorieux Geek, le site d'actu geek en français.

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