Deux fois en quatre ans, Kiev a cru toucher le fond. Mercredi, la capitale ukrainienne a vécu quelque chose de pire encore.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes et refusent de laisser indifférent : au moins 25 morts, plus de 80 blessés, selon les autorités ukrainiennes. Une pluie de missiles et de drones russes s’est abattue sur Kiev dans ce que les observateurs qualifient désormais, sans hésitation, de pire attaque sur la capitale depuis le début du conflit. Des immeubles résidentiels éventrés, des rues transformées en décombres, des civils parmi les victimes. Volodymyr Zelensky s’est rendu sur les lieux, les caméras dans le dos, et a promis une riposte. Mais que peut encore promettre un chef d’État dont les villes saignent à nouveau ?
La question qui se pose n’est pas militaire. Elle est politique, et elle est brûlante : cette frappe massive intervient dans un contexte où les négociations de paix, poussées par Washington, piétinent. Moscou bombarde, et bombarde fort, précisément au moment où une partie de la communauté internationale voudrait croire qu’une sortie de crise est encore possible. Ce timing n’est pas un hasard.
« La Russie frappe des cibles civiles uniquement pour creuser un fossé entre la société civile et l’armée. »
Cette phrase de Zelensky résume une stratégie que Moscou applique avec une froide cohérence depuis des mois : briser le moral, éroder le soutien populaire à l’effort de guerre, séparer les Ukrainiens de leurs soldats. C’est une guerre psychologique autant que militaire. Et frapper Kiev, la capitale symbolique, au moment précis où le monde commence à douter de l’issue du conflit, c’est envoyer un message limpide à tous les interlocuteurs : la Russie ne négocie pas sous pression, elle impose ses conditions sous les bombes.
Ce qui rend cette attaque particulièrement troublante, c’est son ampleur délibérée. On ne parle pas d’un tir isolé ou d’une frappe mal calibrée. Il s’agit d’une opération coordonnée, massive, ciblant une capitale européenne en plein jour médiatique. Pendant que l’Allemagne de Friedrich Merz tente de sauver sa coalition au Bundestag et que les États-Unis surchauffent à 40 degrés de New York à Philadelphie, une ville de plusieurs millions d’habitants subit l’un des bombardements les plus meurtriers de cette guerre.
L’Europe regarde, condamne, promet. Les soutiens occidentaux à l’Ukraine restent affichés mais leur substance s’érode dans les débats internes de chaque pays. Et c’est précisément ce que Moscou calcule : pas la victoire militaire immédiate, mais l’épuisement progressif de la volonté politique des alliés. Chaque attaque massive relance le débat sur l’escalade, sur le coût humain, sur la durée supportable d’un conflit sans horizon clair.
Zelensky promet une riposte. Il le doit, politiquement et moralement. Mais la vraie riposte qui compte, celle qui pourrait changer l’équilibre, n’est pas ukrainienne. Elle est entre les mains de capitales qui hésitent encore à appeler les choses par leur nom.
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