Janvier 2028. La date est posée, le verdict est sans appel. Sony a officialisé ce que beaucoup redoutaient depuis des années : plus aucun jeu PlayStation en version physique ne sera produit à partir de cette date. Un coup de massue pour tout un écosystème, annoncé avec la désinvolture tranquille d’un géant qui sait qu’il n’a plus vraiment besoin de négocier.
La question n’est pas de savoir si le numérique est l’avenir. C’est une évidence depuis longtemps, et personne de sérieux ne le conteste. Ce qui pose problème, c’est la manière dont ce basculement est imposé, sans transition progressive, sans filet tendu pour les acteurs qui ont construit leur modèle économique autour du boîtier plastique. Les boutiques spécialisées, les revendeurs indépendants, les collectionneurs : tous se retrouvent spectateurs d’une décision prise unilatéralement dans les bureaux de Sony.
Thomas Bachellerie, commerçant et consultant indépendant interrogé par Numerama, ne mâche pas ses mots. Il parle de monopole pur, et ce n’est pas un terme choisi à la légère. Quand une seule entreprise contrôle la distribution, fixe les prix, décide qui accède à quoi et dans quelles conditions, le terme est parfaitement ajusté.
« C’est un pur monopole que va faire Sony. »
Ce qui rend ce virage particulièrement brutal, c’est qu’il ne s’accompagne d’aucune garantie sérieuse pour les joueurs. Que se passe-t-il si votre compte PlayStation est banni ? Si un studio ferme et retire ses titres de la boutique numérique ? Si Sony décide demain de renchérir massivement ses abonnements ? Avec le disque, vous possédiez quelque chose. Avec le fichier numérique, vous achetez une licence que la plateforme peut techniquement vous retirer. Ce n’est pas de la paranoïa, c’est ce qui s’est déjà produit chez plusieurs concurrents.
On peut aussi se demander ce que cette décision révèle sur l’état de la PlayStation 5 et la trajectoire de Sony vers sa prochaine console. Supprimer le physique, c’est aussi supprimer une contrainte logistique coûteuse, simplifier la chaîne de production et maximiser les marges sur chaque vente. Le bénéfice est essentiellement du côté de Sony. Pour le consommateur, c’est une perte de souveraineté concrète sur sa bibliothèque.
Le marché de l’occasion, lui, risque tout simplement de disparaître. Revendre un jeu numérique acheté sur le PlayStation Store est impossible dans le modèle actuel. Ce segment, qui permettait à des millions de joueurs aux budgets serrés d’accéder à des catalogues larges, sera le premier sacrifié sur l’autel de la transition. Et les boutiques de jeux d’occasion, déjà fragilisées, n’ont guère de plan B.
Microsoft, avec sa politique PC/Xbox et son Game Pass, suit une logique similaire mais a au moins maintenu une forme de cohérence en jouant l’ouverture multi-plateforme. Sony, lui, construit une enceinte fermée de plus en plus haute. L’exclusivité matérielle, l’exclusivité logicielle, et maintenant l’exclusivité sur le canal de distribution : l’ambition est claire. Ce qui reste à voir, c’est si les régulateurs européens, de plus en plus attentifs aux pratiques des plateformes dominantes, laisseront ce monopole s’installer sans sourciller. L’horloge tourne.
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