Politique & Economie

Marc Bloch au Panthéon : à qui appartient le héros ?

Mort sous la torture de la Gestapo en juin 1944, Marc Bloch n’avait probablement pas imaginé qu’il deviendrait, des décennies plus tard, un trophée politique que tout le monde réclame. Son entrée au Panthéon ce mardi, aux côtés de sa femme Simonne Vidal, aurait pu n’être qu’un hommage sobre à un géant. Elle est devenue une bataille de récits.

Emmanuel Macron veut célébrer, selon l’Élysée, « un homme des Lumières entré dans l’armée des ombres ». Formule belle, indiscutable. Sauf que l’historien médiéviste, fondateur de l’école des Annales, auteur de « L’étrange défaite », était clairement un homme de gauche, dreyfusard dans l’âme, anticonformiste et profondément critique des élites françaises de son époque. Ce ne sont pas là des détails.

Pourtant, Nicolas Sarkozy s’en est réclamé. Des figures du Rassemblement national aussi. La mécanique est connue : on conserve le patriotisme, la résistance, le sacrifice, et on efface soigneusement le reste, la pensée, les convictions, les écrits dérangeants. On garde l’icône, on jette le contenu.

« Marc Bloch a payé de sa vie son engagement contre le nazisme. » C’est précisément ce qui rend l’appropriation politique de sa mémoire si malaisante.

Ce pillage symbolique n’est pas propre à la France. Mais il prend ici une saveur particulière quand des formations héritières, même lointaines, d’un corpus nationaliste qu’il combattait revendiquent son héritage. La ligne de la charte de ce site est claire : le fascisme et le nazisme appellent une condamnation sans réserve. Marc Bloch l’a payé de sa vie. Récupérer son image sans assumer sa pensée, c’est au mieux une imposture, au pire une profanation.

Le Panthéon consacre. Mais les morts ne peuvent pas corriger les vivants qui les instrumentalisent.


En savoir plus sur Glorieux Geek

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *