Il y a des sommets qui se tiennent en marge de l’Histoire, et d’autres qui s’y inscrivent directement. Évian, juin 2026 : le G7 s’est transformé en une sorte de chambre des urgences diplomatiques mondiales, avec sur la table deux dossiers qui conditionnent une bonne partie de l’équilibre géopolitique des prochaines années. D’un côté, l’Ukraine toujours en guerre. De l’autre, un Iran en négociation avec Washington pour un accord qui ferait trembler toute la région.
La réunion entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky sur « la sécurité pour l’Ukraine et l’Europe » était attendue avec une tension presque palpable. Ces deux hommes incarnent une relation pour le moins complexe : un président américain qui a longtemps affiché une impatience manifeste vis-à-vis du conflit ukrainien, face à un chef d’État qui a survécu politiquement et militairement à l’impensable. Que pouvait-il sortir de cette rencontre sinon, au mieux, des garanties floues et des formules diplomatiquement consensuelles ?
Car c’est bien là le problème central du G7 cette année : la densité de l’agenda dissimule mal l’incertitude structurelle. Les alliés occidentaux se retrouvent dans une situation inédite, coincés entre leur soutien proclamé à l’Ukraine et la dynamique d’un rapprochement irano-américain dont les contours restent à ce stade très flous. Le ministre des affaires étrangères iranien Abbas Araghtchi a confirmé que des discussions sur un accord final avec Washington débuteraient vendredi, dans un lieu encore non déterminé. Ce flou géographique est en lui-même un signal.
« Ces discussions se dérouleront dans un lieu qui reste à déterminer », a déclaré Abbas Araghtchi devant les ambassadeurs et chefs de missions étrangères en poste à Téhéran.
Pour les Européens présents à Évian, cette double actualité pose une question inconfortable : peut-on simultanément soutenir l’Ukraine sans faille et accompagner une détente avec l’Iran qui redessine les alliances au Moyen-Orient ? Ces deux dynamiques ne sont pas nécessairement contradictoires, mais elles créent une pression de cohérence que les chancelleries occidentales peinent à assumer publiquement.
Le risque majeur est celui de l’illusion multilatérale. Le G7 adore produire des communiqués consensuels qui masquent des divergences profondes. Sur l’Ukraine, les positions américaine et européenne ne se superposent pas parfaitement, loin de là. Sur l’Iran, les Européens avaient travaillé pendant des années à maintenir l’accord nucléaire de 2015 tandis que Washington s’en était retiré sous Trump. Un accord bilatéral irano-américain, conclu sans les Européens, constituerait un camouflet diplomatique que personne à Évian ne veut formuler à voix haute.
Ce qui se joue au bord du lac Léman, c’est peut-être la question la plus structurante de la décennie : le multilatéralisme occidental a-t-il encore la capacité à produire autre chose que de la coordination cosmétique face à des acteurs qui, eux, jouent en bilatéral et en solo ? Trump avec Zelensky, Trump avec Téhéran : la géopolitique 2026 ressemble de plus en plus à un jeu d’échecs où un seul joueur décide de l’ordre des coups.
En savoir plus sur Glorieux Geek
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
