Il y a des drames qui devraient sidérer le débat public, le suspendre, imposer un silence respectueux avant toute chose. Le meurtre de Lyhanna, 11 ans, n’aura pas eu ce luxe. En quelques jours, la tragédie s’est transformée en champ de bataille politicien, et ce spectacle dit quelque chose de profondément dérangeant sur l’état de notre vie publique.
Le gouvernement Lecornu tentait, au lendemain du drame, d’articuler une réponse cohérente. Sauf que la communication de crise de l’exécutif a été immédiatement percutée par un phénomène que l’on connaît bien dans ces circonstances : chaque acteur politique commence à penser à sa propre peau avant de penser aux victimes. Selon Le Monde, Gérald Darmanin, ministre de la Justice, s’est ainsi lancé dans une opération de sauvegarde personnelle destinée à démontrer qu’il n’avait aucune responsabilité dans les éventuelles négligences entourant le traitement du suspect, Jérôme Barella. Le résultat est prévisible : au lieu d’une réponse institutionnelle unifiée, on obtient une cacophonie qui laisse l’opinion publique encore plus perplexe et en colère.
En face, les oppositions n’ont pas tardé à s’engouffrer dans la brèche. Gabriel Attal, président de Renaissance, a publié dans Le Figaro un catalogue de propositions : « culture de l’urgence », fichage des pédocriminels, réforme du système judiciaire. Des idées qui méritent d’être débattues sérieusement, mais qui arrivent emballées dans un timing politique évident. Quand une proposition de réforme naît le lendemain d’un fait divers tragique, on est en droit de se demander si l’urgence est celle des enfants ou celle des sondages.
« Ce qui a manqué, c’est une vraie réforme de notre système judiciaire. »
Gabriel Attal n’a pas tort sur le fond : les dysfonctionnements de la chaîne pénale face aux récidivistes dangereux sont documentés, dénoncés depuis des années par les professionnels du secteur. Mais la rhétorique de l’urgence post-traumatique produit rarement de bonnes lois. Elle produit des lois rapides, et c’est différent. La France a une longue histoire de textes législatifs conçus sous le choc émotionnel d’un fait divers, votés dans la précipitation, et dont l’efficacité réelle est au mieux mitigée.
Ce qui est frappant dans cette séquence, c’est l’absence presque totale d’un espace pour une réflexion calme sur les défaillances concrètes du système : comment un suspect au profil aussi alarmant a-t-il pu se retrouver dans cette situation ? Quels maillons ont lâché ? Ces questions méritent une réponse institutionnelle rigoureuse, pas une guerre de communication entre ministres qui cherchent à se dédouaner et opposants qui cherchent à capitaliser.
Le meurtre de Lyhanna pose des questions légitimes et graves sur la protection des mineurs et sur la gestion des individus dangereux par l’appareil judiciaire français. Ces questions auraient dû structurer le débat. À la place, on a eu droit à une semaine de positionnements partisans. C’est un luxe que les prochaines victimes potentielles ne peuvent pas se permettre.
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