La Coupe du monde 2026 commence, les drapeaux flottent, les hymnes retentissent, et quelque part en France, un supporter du Maroc ou de l’Algérie fixe son réveil avec l’expression résignée de quelqu’un qui sait déjà qu’il va souffrir. Pas sur le terrain. Avant même le coup d’envoi.
Le problème est simple, concret, et pourtant presque jamais évoqué dans l’euphorie générale qui entoure cette édition nord-américaine : une grande partie des matchs se jouent en soirée locale, ce qui signifie en pleine nuit en France et en Europe. Pour les millions de supporters franco-marocains, franco-algériens ou issus des diasporas africaines et turques installées sur le continent, suivre leur sélection en direct n’est pas une question de choix de programme, c’est un exercice logistique qui dépend du boulot du lendemain, des enfants à l’école, du patron pas forcément compréhensif.
Ce décalage horaire n’est pas une surprise, il était calculable dès l’attribution de l’organisation à trois pays nord-américains. La FIFA a fait le choix des fuseaux horaires américains, des prime times américains, des audiences américaines. Le reste du monde, notamment les pays dont les sélections font rêver des millions d’Européens, s’adapte. Ou pas.
“En raison du décalage horaire, de nombreux matchs prévus aux États-Unis, au Mexique et au Canada auront lieu en fin de soirée et dans la nuit pour les supporters européens.”
Ce que cette réalité révèle, c’est quelque chose que le football mondial préfère ne pas dire trop fort : l’expansion globale de la Coupe du monde, passée à 48 équipes précisément pour inclure davantage de nations africaines, asiatiques et du Moyen-Orient, ne s’accompagne pas d’une véritable considération pour les supporters de ces mêmes nations. On invite les équipes, on encaisse les droits TV, on célèbre la diversité, mais les horaires restent ceux qui maximisent les audiences sur le marché le plus lucratif du moment.
Il y a quelque chose d’ironique à voir l’Iran, dont les joueurs ne peuvent pas compter sur leurs propres supporters en raison de la situation politique du pays, trouver refuge et chaleur auprès des fans mexicains. Une solidarité spontanée, humaine, totalement hors du contrôle de l’institution. Pendant ce temps, des millions de supporters légitimes, bien installés en Europe, doivent négocier avec leur sommeil pour vibrer avec leur équipe.
Le Maroc, l’Algérie, la Turquie, la RDC : autant de sélections capables de faire trembler cette édition, portées par des diasporas passionnées qui n’ont pas attendu la FIFA pour aimer le football. Reste à savoir si cet amour résistera aux nuits blanches imposées par un calendrier qui, lui, n’a pas été conçu pour eux.
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