Il y a des mises en scène politiques qui ne trompent personne, et pourtant qui fonctionnent. Saint-Denis, dimanche 7 juin 2026 : Jean-Luc Mélenchon foule la scène de son premier meeting de campagne avec la certitude tranquille de celui qui pense que l’histoire lui a déjà donné raison. La gauche française, toujours empêtrée dans ses querelles de primaire unitaire, n’a pas encore trouvé de candidat fédérateur. Lui, si.
Le discours est rodé, l’attaque frontale assumée. « En France, le suprémacisme est porté par le RN », assène-t-il devant ses partisans, fustigeant au passage les « obsédés de la race » et les « névroses communautaristes » qu’il attribue à ses adversaires d’extrême droite. C’est habile : en reprenant le vocabulaire de la radicalité identitaire pour le retourner contre le Rassemblement National, Mélenchon occupe un terrain symbolique fort, celui de l’antifascisme républicain, tout en adressant un message clair au reste de la gauche. La primaire ? « Finie », tranche-t-il. Sous-entendu : ralliez-vous ou subissez.
On peut trouver l’exercice brillant. On peut aussi le trouver dangereux. Utiliser le mot « suprémacisme » sans nuance, c’est durcir un débat déjà surchauffé, et potentiellement se fermer des portes avec des électeurs centraux qui se méfient autant des anathèmes que des idéologies qu’on dénonce. La politique des grandes accusations a ses limites : elle mobilise les convaincus, elle repousse les indécis.
« En France, le suprémacisme est porté par le RN. », Jean-Luc Mélenchon, meeting de Saint-Denis, 7 juin 2026
Ce qui est indéniable, c’est que le contexte lui offre une fenêtre. Le concept de « remigration », né en France et désormais relayé par Donald Trump et les principales formations d’extrême droite européennes, s’est imposé dans le débat public avec une brutalité nouvelle. Ses défenseurs les plus radicaux n’hésitent plus à évoquer des logiques proches du nettoyage ethnique. Face à une telle montée aux extrêmes, l’espace pour une réponse politique ferme existe réellement.
Mais la question qui se pose à Mélenchon n’est pas celle de sa justesse dans le diagnostic, c’est celle de sa capacité à incarner une alternative crédible au-delà de sa base. Les sondages depuis trois élections présidentielles montrent un plafond de verre. Son meeting de Saint-Denis, aussi vibrant soit-il, n’efface pas cette réalité arithmétique. En proclamant la primaire « finie » sans accord des autres forces de gauche, il prend le risque de fragmenter encore davantage un camp qui ne peut se permettre aucune dispersion.
Le paradoxe Mélenchon reste entier : c’est l’homme qui diagnostique le mieux les fractures françaises et qui génère lui-même des fractures dans son propre camp. On attend de voir si cette campagne qui commence sera celle où il résoudra enfin l’équation, ou celle où il confirmera que certains plafonds existent pour de bonnes raisons.
En savoir plus sur Glorieux Geek
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
