Politique & Economie

Perpétuité pour viols en série : l’Assemblée tranche

Deux votes en quelques jours, deux résultats opposés : rarement l’Assemblée nationale aura autant illustré sa propre instabilité politique qu’avec ce dossier brûlant. Les députés ont finalement adopté une disposition instaurant la réclusion à perpétuité pour les auteurs de viols en série commis sur des enfants de moins de quinze ans, après l’avoir rejetée lors d’un premier passage en séance où la gauche était davantage mobilisée.

Le retournement est spectaculaire, mais il dit quelque chose de plus profond que la simple arithmétique parlementaire. Il révèle à quel point les questions de justice pénale pour les crimes contre les enfants cristallisent des fractures idéologiques que ni la droite ni la gauche ne parviennent à dépasser sereinement. D’un côté, une logique de protection absolue de l’enfance qui justifie les peines les plus lourdes. De l’autre, une tradition pénologique qui rappelle que la perpétuité, en France, demeure une sanction d’exception et que son inflation progressive finit par en diluer le sens.

Le débat a été qualifié de particulièrement tendu, et on le comprend : il n’y a guère de terrain plus chargé émotionnellement que celui des violences sexuelles faites aux mineurs. C’est précisément cette charge qui rend les arguments techniques inaudibles dans l’hémicycle, et qui transforme trop facilement un vote en signal politique plutôt qu’en choix législatif pleinement réfléchi.

La question n’est pas de savoir si l’on veut protéger les enfants, mais de savoir si cette mesure le fait vraiment mieux qu’une autre.

Car l’interrogation centrale posée par les opposants n’a pas disparu avec l’adoption du texte : est-ce que la perspective de la perpétuité dissuade réellement les récidivistes, ou bien s’agit-il avant tout d’une réponse symbolique à une demande de sévérité qui monte dans l’opinion ? Les criminologues rappellent régulièrement que les violeurs en série ne calculent pas leur peine au moment du passage à l’acte. L’effet dissuasif d’un durcissement pénal sur ce profil spécifique reste, au minimum, discutable.

Ce qui est moins discutable, en revanche, c’est la pression électorale qui s’exerce sur les élus dès que le sujet de la protection de l’enfance entre dans le débat. Voter contre une telle mesure, même pour des raisons juridiques solides, expose immédiatement à l’accusation de laxisme. C’est ce contexte qui explique le revirement entre les deux votes, bien plus que l’émergence de nouveaux arguments de fond.

La France se dote donc d’un outil pénal supplémentaire, dont l’application réelle dépendra des juges et des jurés. Son efficacité ne se mesurera pas dans les discours de tribune, mais dans les décennies à venir, si tant est que les données soient un jour sérieusement évaluées. En attendant, le signal politique, lui, est immédiat et sans ambiguïté : l’Assemblée a choisi la fermeté affichée sur un sujet où personne ne veut apparaître hésitant.


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Rédacteur passionné de culture geek, gaming, sport et actualité. Fondateur de Glorieux Geek, le site d'actu geek en français.

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