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Éric Roy : le football perd bien plus qu’un entraîneur

Il y a des disparitions qui traversent le bruit médiatique sans qu’on puisse vraiment les réduire à une simple brève. Mercredi 17 juin 2026, le football français a perdu Éric Roy, entraîneur du Stade Brestois, emporté à 58 ans après plus de trois ans de lutte acharnée contre un cancer du pancréas. Trois ans. C’est long, et en même temps terriblement court pour un homme qui avait encore tant à construire sur un banc.

Ce qui frappe dans les hommages qui ont déferlé dès l’annonce de son décès, c’est leur tonalité. On ne salue pas seulement le tacticien, le manager, le consultant que les téléspectateurs de France Télévisions ont appris à connaître. On célèbre avant tout un être humain. Le mot revient partout, comme une évidence partagée : humain. Dans un milieu où les égos gonflent parfois plus vite que les budgets des transferts, cette unanimité dit quelque chose de rare.

Pourtant, Éric Roy avait tout pour ne pas passer à la postérité. Joueur solide mais pas flamboyant, entraîneur sans les projecteurs des grands clubs, il avait fait de Brest son grand projet. Et ce projet, il l’avait mené jusqu’en Ligue des Champions, exploit proprement invraisemblable pour un club breton aux moyens modestes. Une qualification qui avait stupéfait la France entière en 2024 et qui restera comme son chef-d’œuvre.

« Kenavo le King. »

Ce mot breton, signifiant « au revoir », prononcé par ceux qui l’ont côtoyé à Brest, résume mieux que n’importe quelle notice biographique ce qu’il représentait pour son club, sa ville, son entourage. Pas un monument, un homme. Quelqu’un qui regardait les autres dans les yeux.

Ce qui interpelle aussi, au-delà de l’émotion légitime, c’est la question que cette mort pose au football professionnel dans sa globalité. Pendant qu’il se battait contre la maladie, le championnat tournait, les transferts s’enchaînaient, les scandales de paris sportifs éclaboussaient la Ligue 1, et les grandes machines financières continuaient leur course folle. Éric Roy, lui, dirigeait des entraînements, donnait des conférences de presse, préparait des matchs. Jusqu’où la passion d’un sport peut-elle tenir un homme debout ? La réponse, dans son cas, est : très loin.

Le football a cette capacité à broyer les individus dans l’indifférence générale, mais aussi, parfois, à révéler ceux qui le méritent vraiment. Éric Roy appartient à cette deuxième catégorie. Son bilan à Brest n’est pas que statistique : c’est la preuve qu’on peut aller très haut sans trahir ce qu’on est. Dans un sport saturé de calcul et de communication stratégique, ça mérite d’être dit clairement.

Le Stade Brestois et le football français devront maintenant avancer sans lui. Mais l’empreinte laissée, sur un club, sur une ville, sur des joueurs formés à l’exigence doublée de l’humanité, ne s’efface pas avec un communiqué officiel.


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