Deux chiffres publiés le même jour, et ils se répondent comme un écho mauvais : le gouvernement français revoit sa prévision de croissance à 0,7 % pour 2026, tandis que le déficit commercial du mois de mai se creuse à près de 7 milliards d’euros. Pas de quoi paniquer, dira-t-on. Sauf que la convergence de ces signaux dessine un tableau bien moins rassurant que les discours officiels ne voudraient le laisser croire.
Commençons par la croissance. 0,7 %, c’est le chiffre retenu par l’exécutif après un premier trimestre « inférieur aux anticipations », selon sa propre formulation. Ce n’est pas une surprise : l’Insee, le FMI et l’OCDE avaient tous atterri dans cette même fourchette basse. On pourrait presque se féliciter d’une prévision gouvernementale enfin alignée sur la réalité, tant les années précédentes ont vu des projections optimistes se fracasser contre les faits. Mais derrière cet alignement se cache une forme de capitulation tranquille : la France n’est plus capable de surprendre à la hausse.
Le dossier du commerce extérieur aggrave le diagnostic. Le déficit commercial s’est dégradé de 1,5 milliard d’euros en mai, porté par une chute des exportations après un mois d’avril plutôt encourageant. C’est précisément ce type de volatilité qui inquiète les analystes : une économie qui rebondit un mois pour replonger le suivant manque de moteur structurel. Les exportations françaises souffrent d’une compétitivité fragilisée, d’une industrie en reconquête laborieuse et d’une demande mondiale incertaine dans un contexte de tensions commerciales persistantes.
« Un premier trimestre inférieur aux anticipations » : cette formule gouvernementale anodine en apparence résume à elle seule l’incapacité chronique de l’économie française à tenir ses propres promesses de rebond.
Pourtant, tout n’est pas noir. Le gouvernement vient justement de nommer un coordinateur pour les projets industriels dits « Notre-Dame », ces grands chantiers censés revitaliser les territoires désindustrialisés. L’idée est bonne sur le principe : centraliser le suivi, débloquer les points de friction administratifs, accélérer la concrétisation. Mais entre l’annonce d’une mission de coordination et la création réelle d’emplois industriels durables, il y a un gouffre que les nominations ne comblent pas seules.
Le contexte international complique encore l’équation. Le sommet de l’OTAN à Ankara a vu se multiplier les contrats de défense, dont un pour Airbus, sous la pression américaine d’une montée en puissance des budgets militaires européens. Ces commandes profiteront à quelques fleurons industriels, mais elles ne sauraient remplacer une politique de compétitivité large et cohérente. Réarmer l’Europe ne suffit pas à réindustrialiser la France.
Ce que ces chiffres révèlent, au fond, c’est une économie française qui résiste sans vraiment avancer. 0,7 % de croissance dans un monde qui se réarme, se réorganise et se réinvente à vitesse accélérée, c’est tenir la tête hors de l’eau mais pas nager. La vraie question pour les mois à venir : jusqu’où peut-on se contenter de ne pas couler ?
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