Politique & Economie

Macron à Damas : le pari syrien

Une explosion retentit dans le quartier d’un hôtel à Damas, et c’est le président français qui en parle au monde entier, depuis la salle de réunion où il vient de serrer la main d’Ahmed Al-Charaa. Difficile d’imaginer mise en scène plus saisissante pour illustrer ce que représente ce voyage.

Macron est le premier dirigeant d’une grande puissance occidentale à fouler le sol syrien depuis que la coalition islamiste a renversé Bachar Al-Assad fin 2024. Ce n’est pas une visite de courtoisie : c’est un signal diplomatique lourd, un pari sur l’avenir d’un pays en ruines qui cherche encore ce qu’il veut devenir. Paris choisit d’y aller avant les autres. C’est audacieux. C’est aussi risqué.

Car Al-Charaa n’est pas un partenaire ordinaire. Sa coalition est issue de mouvances islamistes que l’Occident classait hier encore dans ses listes noires. Depuis sa prise de pouvoir, il multiplie les signaux d’ouverture à l’international, mais les garanties concrètes sur la gouvernance, les droits ou la gestion des minorités restent floues. La France, en choisissant de s’y rendre maintenant, accepte cette ambiguïté. Elle parie que l’engagement vaut mieux que l’isolement, que laisser la Syrie dans le vide serait offrir le terrain à d’autres puissances moins regardantes sur les conditions.

« La diplomatie, c’est l’art d’avancer sans certitude vers des objectifs nécessaires. »

Ce pari a une logique. La Syrie est un carrefour : entre Méditerranée et Mésopotamie, entre dossier migratoire européen et équilibres régionaux. Ignorer Damas, c’est renoncer à toute influence sur une reconstruction qui mobilisera des milliards et dessinera les rapports de force de la décennie. La France a des intérêts réels là-dedans, qu’il serait naïf de nier sous couvert de vertu.

Mais l’explosion survenue durant la visite rappelle brutalement l’état réel du pays. La Syrie n’est pas stabilisée. Des factions armées concurrentes, des contentieux intercommunautaires non réglés, des voisins qui jouent leurs propres partitions : le décor de la normalisation reste fragile. Recevoir Macron à Damas, c’est bien. Garantir que son hôtel ne saute pas pendant son séjour, c’est plus compliqué.

La question qui va définir la suite est simple : qu’est-ce que la France obtiendra concrètement en échange de cette légitimation précoce d’Al-Charaa ? Des engagements sur la reconstruction, sur le retour des réfugiés, sur la non-prolifération des groupes armés en direction du Liban ou d’Irak ? Ou simplement une photo diplomatique dont Paris tirera une gloire momentanée sans levier réel ensuite ? L’histoire des engagements occidentaux au Proche-Orient ces vingt dernières années commande de poser la question sans naïveté.

Ce qui est certain : la visite a eu lieu, le monde l’a vue, et d’autres capitales vont maintenant calculer s’il est temps d’emboîter le pas. Macron a bougé le curseur. La vraie chronique s’écrira dans les mois qui viennent.


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Rédacteur passionné de culture geek, gaming, sport et actualité. Fondateur de Glorieux Geek, le site d'actu geek en français.

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