Vingt euros de malus par vêtement : la France vient de voter une mesure qui va faire grincer des dents dans les sièges de Shein et Temu. L’Assemblée nationale a adopté mardi la proposition de loi contre l’ultrafast-fashion, un texte qui cible directement ces plateformes asiatiques capables de vendre des robes à deux euros et d’inonder les marchés européens par millions de pièces chaque semaine.
Le principe est simple : instaurer un malus financier pouvant atteindre 20 euros par article vendu, assorti d’une interdiction de publicité. L’idée est de renchérir artificiellement un modèle économique bâti sur des coûts de production dérisoires, une logistique agressive et une exploitation de failles douanières. En théorie, cela ressemble à une réponse cohérente à un phénomène commercial qui écrase les acteurs textiles européens et génère des volumes de déchets colossaux.
« La gauche, qui dénonce une ambition revue à la baisse, s’est abstenue. »
Et c’est là que l’affaire devient politique au sens le plus concret du terme. La gauche s’est abstenue, jugeant le texte trop édulcoré par rapport aux ambitions initiales. Ce n’est pas un désaccord de fond mais de dosage : tout le monde convient que l’ultrafast-fashion pose problème, personne n’est d’accord sur l’intensité de la réponse. Le malus de 20 euros est-il suffisamment dissuasif face à des prix plancher ? Rien n’est moins sûr. Shein a déjà démontré une capacité d’adaptation réglementaire remarquable.
Le texte doit encore franchir l’étape du Sénat ce lundi avant d’entrer en vigueur. Entre une droite satisfaite d’un compromis acceptable et une gauche frustrée d’un demi-engagement, la France tente d’inventer une régulation commerciale inédite en Europe. Si le Sénat valide, ce sera une première. Mais une première suffisante ?
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