Il y a des annulations qui glissent sans laisser de traces, des séries oubliées avant même d’avoir eu le temps de marquer les esprits. Et puis il y a celles qui font l’effet d’une gifle, parce qu’elles portent un nom trop lourd pour être sacrifiées sans que personne ne se pose de questions. La dernière victime de la politique éditoriale de Netflix appartient clairement à la seconde catégorie.
La plateforme vient en effet d’annuler la nouvelle série des créateurs de Stranger Things au bout d’une seule saison. Une décision brutale, qui tranche avec l’aura quasi intouchable dont jouissait jusqu’ici le duo à l’origine de l’une des franchises les plus rentables de l’histoire de Netflix. On pensait que ce capital symbolique constituait une forme d’assurance tout risque. Il n’en est manifestement rien.
Ce qui interpelle ici, ce n’est pas tant l’annulation en elle-même, mais ce qu’elle révèle du fonctionnement actuel de la plateforme au N rouge. Netflix a depuis longtemps abandonné la logique de la fidélisation créative au profit d’une mécanique froide : les chiffres d’audience des premières semaines dictent tout, et aucune réputation ne protège vraiment un projet qui ne décolle pas immédiatement. Le problème, c’est que cette logique tue dans l’œuf des œuvres qui auraient eu besoin de temps pour trouver leur public.
« Une série de science-fiction ambitieuse, construite par des gens qui ont prouvé leur valeur, annulée avant même d’avoir pu développer son univers : c’est exactement le genre de décision qui finit par épuiser la confiance des spectateurs. »
Car c’est bien de ça qu’il s’agit : une érosion de confiance. Pourquoi s’investir émotionnellement dans un univers narratif si la plateforme est susceptible de couper les ponts avant même qu’une intrigue ait pu se déployer correctement ? La science-fiction, plus que tout autre genre, demande une mise en place, un monde à construire, des règles à poser. Une seule saison n’est souvent qu’un prologue.
On peut évidemment avancer que Netflix ne peut pas se permettre de financer indéfiniment des projets qui ne performent pas, et c’est une réalité économique légitime. Mais la question du signal envoyé aux créateurs reste entière. Quand même les showrunners les plus bankables de la maison se retrouvent sans filet, qui peut encore se sentir en sécurité pour prendre des risques narratifs ? La prise de risque créative devient paradoxalement impossible dans un environnement qui réclame pourtant de l’originalité pour se démarquer.
Il est tentant d’imaginer ce que cette série aurait pu devenir avec une saison 2 pour confirmer ses ambitions. Peut-être rien de transcendant. Peut-être quelque chose d’inoubliable. On ne le saura jamais, et c’est précisément là que réside le vrai gâchis.
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