Il y a quelques semaines encore, le détroit d’Ormuz était fermé, les prix du pétrole s’envolaient, et la planète retenait son souffle. Puis, sans crier gare, Washington et Téhéran ont annoncé un protocole d’accord qui ressemble, selon l’angle où l’on se place, soit à une percée diplomatique majeure, soit à un compromis bancal dont personne ne sortira vraiment vainqueur.
Les détails révélés par de hauts responsables américains sous couvert d’anonymat donnent le vertige. L’Iran s’engage à diluer ses stocks d’uranium enrichi dans le cadre de négociations à venir sous soixante jours. En échange, les sanctions américaines seraient levées. Le détroit d’Ormuz, bloqué depuis des semaines, rouvrirait à la circulation. La reconstruction de l’Iran figure même dans les discussions. Sur le papier, c’est une architecture impressionnante.
Mais le diable, comme toujours, est dans les détails temporels. Soixante jours. C’est la fenêtre accordée avant que l’Iran rétablisse la circulation dans le détroit, selon le négociateur iranien en chef. Pas indéfiniment, pas gratuitement au sens diplomatique du terme. Et ce même négociateur n’a pas mâché ses mots au moment d’apprécier publiquement cet accord.
« Cet accord acte l’échec des États-Unis. »
Cette déclaration, lâchée côté iranien dès l’annonce du protocole, résume à elle seule l’ambiguïté profonde de toute l’affaire. Comment vendre un accord comme une victoire diplomatique quand l’autre camp le présente simultanément comme votre défaite ? Les deux récits coexistent, ce qui signifie que ni l’un ni l’autre n’est entièrement faux.
Du côté américain, l’opération a une logique : l’inflation engendrée par le conflit au Moyen-Orient commence à peser sur l’économie domestique, au point que la Fed elle-même a évoqué une possible hausse des taux d’ici la fin de l’année. Rouvrir Ormuz, c’est aussi desserrer l’étau sur les marchés pétroliers et, par ricochet, sur le portefeuille des électeurs américains. Trump n’a jamais prétendu faire de la géopolitique désintéressée.
Pour l’Iran, l’équation est différente mais tout aussi pragmatique. Des sanctions qui étouffent l’économie depuis des années, une infrastructure dévastée, et une population à bout. Accepter de diluer de l’uranium enrichi contre de l’argent et une reconstruction, c’est une décision de survie économique autant que diplomatique. Cela ne signifie pas pour autant l’abandon du programme nucléaire : « dans le cadre de négociations à venir » laisse une marge d’interprétation considérable.
Le G7 réuni à Évian a salué tout cela comme un exemple de coopération internationale. Emmanuel Macron a parlé de « moment d’unité ». Soit. Mais l’unité sur quoi exactement ? Sur un accord dont les termes définitifs restent à négocier, dont les délais sont serrés, et dont les deux parties revendiquent des lectures contradictoires ? La vraie question n’est pas de savoir si cet accord est bon ou mauvais, mais s’il tiendra au-delà des soixante jours de grâce accordés à Ormuz.
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