Il y a des réformes qui arrivent discrètement, glissées dans un décret publié un samedi d’été, comme si l’on espérait que personne ne remarque. Celle-ci concerne des millions de fonctionnaires et touche à quelque chose d’intime : le droit d’être malade sans montre à la main.
À partir de septembre 2026, la durée des arrêts maladie sera officiellement plafonnée, conformément à une disposition inscrite dans la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026. C’est une première. Jusqu’ici, aucune durée maximale n’était fixée par la loi, même si des recommandations existaient pour certaines pathologies. En parallèle, un projet de décret distinct vise à réformer les conditions d’octroi et de renouvellement des arrêts de travail dans la fonction publique. Deux textes, un seul message : l’État entend reprendre la main sur l’absentéisme de ses agents.
La question économique est réelle, et il serait malhonnête de la balayer. Le coût des arrêts maladie dans le secteur public représente une charge budgétaire significative, et les gouvernements successifs ont cherché à le contenir depuis des années. Les données sur l’absentéisme dans la fonction publique, effectivement plus élevé en moyenne que dans le privé, servent de socle à l’argumentation officielle. Sur ce point précis, les chiffres ne sont pas inventés.
Mais la méthode, elle, mérite d’être interrogée. Plafonner administrativement la durée d’un arrêt, c’est supposer qu’au-delà d’un certain seuil, la maladie devient suspecte. Or une pathologie chronique, un cancer, un burnout sévère, ne rentrent pas dans des cases calendaires. Le risque concret, et ce n’est pas de la spéculation mais une conséquence logique d’un plafond, c’est qu’un agent en incapacité réelle soit contraint de reprendre un travail pour lequel il n’est pas en état, avec des effets potentiellement aggravants sur sa santé et sur sa productivité réelle.
« Les syndicats dénoncent une logique de suspicion et de contrôle, inscrite dans la continuité des réformes engagées depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée. »
Cette lecture syndicale n’est pas dénuée de sens. Depuis plusieurs années, chaque mesure touchant aux conditions de travail des agents publics a été présentée comme une rationalisation nécessaire. Le jour de carence avait ouvert le bal. Le plafonnement des arrêts en est le prolongement logique : on traite l’absentéisme comme un problème de volonté individuelle plutôt que comme un symptôme de conditions de travail dégradées dans certains secteurs de la fonction publique hospitalière ou territoriale.
Ce qui est frappant, c’est la temporalité choisie. Un décret publié un samedi, une entrée en vigueur fixée à septembre, loin de la rentrée politique de janvier. L’exécutif connaît la sensibilité du dossier et préfère visiblement avancer à pas feutrés. Mais la réalité budgétaire ne disparaît pas pour autant : l’État cherche des économies là où il peut en trouver, et la masse salariale publique reste l’un des plus gros postes.
La vraie question n’est pas de savoir si l’on peut réformer les arrêts maladie dans la fonction publique. On peut, on doit même débattre des moyens d’améliorer les conditions de travail pour réduire l’absentéisme à la source. Elle est de savoir si plafonner administrativement la durée d’une maladie constitue une politique de santé ou simplement une politique comptable habillée en réforme.
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