Politique & Economie

Le Hezbollah prêt à partir ? Ce signal qui change tout au Liban

Il y a des déclarations qui passent inaperçues dans le flot continu des communiqués de guerre, et d’autres qui méritent qu’on s’arrête. Celle de Nabih Berri, président du Parlement libanais et allié historique du Hezbollah, appartient clairement à la seconde catégorie. Pour la première fois, cet homme qui sert depuis des décennies de courroie de transmission entre Beyrouth et la milice chiite a affirmé publiquement que le Hezbollah serait prêt à quitter le sud du Liban, à condition d’un retrait israélien et d’une trêve accordée sans conditions préalables.

Ce n’est pas anodin. Berri ne parle pas à la légère, et il ne parle jamais vraiment pour lui seul. Que cette ouverture soit tactique ou sincère, elle existe désormais dans l’espace diplomatique, et c’est déjà une rupture avec le discours de résistance absolue tenu jusqu’ici.

Le contexte est brutal. Au sol, les frappes israéliennes continuent. Tyr, ville portuaire millénaire classée au patrimoine mondial, est sous les bombes. Ses habitants, épuisés, réclament que la cité antique soit déclarée « ville ouverte », démilitarisée, exempte de toute présence armée, y compris du Hezbollah. Ce n’est pas une déclaration pro-israélienne : c’est le cri désespéré de civils qui voient leur ville se transformer en terrain d’affrontement sans avoir leur mot à dire.

« Nous demandons que la ville ne soit pas utilisée à des fins militaires. »

Cette phrase, prononcée par des habitants de Tyr, résume à elle seule l’absurdité de la situation. Des populations entières prises en étau entre deux logiques militaires qui ne leur ont jamais appartenu. Le Hezbollah s’est imposé dans le sud du Liban non pas par la seule force des armes, mais parce que l’État libanais, exsangue et corrompu, n’a jamais pu ou voulu le remplacer. Israël frappe ces mêmes territoires en invoquant sa sécurité nationale. Et entre les deux, Tyr brûle.

La question qui se pose maintenant est celle de la crédibilité de l’ouverture de Berri. Peut-on réellement imaginer un retrait simultané, conditionnel et vérifié des deux parties ? L’histoire récente répond surtout par des désillusions. Le cessez-le-feu de novembre 2024, censé mettre fin aux hostilités, n’a pas empêché la poursuite des frappes israéliennes sur le territoire libanais. La défiance est structurelle, les garanties introuvables.

Pourtant, le signal existe. Et dans une région où chaque mot est pesé, le fait que l’allié parlementaire du Hezbollah ose formuler une hypothèse de retrait mérite d’être pris au sérieux, non pas comme une promesse, mais comme un indice que la pression militaire et diplomatique commence peut-être à déplacer les lignes. La vraie question n’est pas de savoir si le Hezbollah veut partir. C’est de savoir si quelqu’un, à Washington, à Paris ou à Téhéran, a la volonté et la capacité de transformer cette ouverture en quelque chose de réel avant que Tyr ne soit entièrement rasée.


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