Politique & Economie

93 milliards et on vous parle d’électricité : le vrai secret de Choose France

Lundi, la France a encore sorti son grand tapis rouge. Neuvième édition du sommet Choose France, et cette fois-ci un chiffre qui donne le vertige : 93 milliards d’euros d’investissements annoncés, en grande partie fléchés vers l’intelligence artificielle. Les caméras ont capté les poignées de mains, les discours triomphants, les PDG de géants mondiaux en visite à Versailles. Mais derrière la mise en scène, il y a une réalité bien plus concrète, bien moins glamour, et pourtant décisive.

Ce que ces mastodontes viennent chercher en France, ce n’est pas le baguette-béret ou un quelconque sentiment de prestige européen. C’est des électrons. Des électrons décarbonés, disponibles en quantité structurellement excédentaire, à un moment où les data centers de l’IA engloutissent de l’énergie à un rythme qui ferait pâlir n’importe quel planificateur énergétique des années 70. La France, avec son parc nucléaire, se retrouve paradoxalement dans une position de force que personne n’avait vraiment anticipée il y a dix ans, quand tout le monde débattait de la sortie de l’atome.

C’est là que l’histoire devient intéressante, et un peu ironique. Pendant des années, le nucléaire a été présenté comme un héritage encombrant, coûteux, risqué, à démanteler progressivement. Et voilà que les acteurs les plus avant-gardistes de la tech mondiale arrivent en France précisément parce que cette électricité existe, parce qu’elle est pilotable, abondante et bas-carbone. L’IA, qui se vend comme la rupture technologique du siècle, a des besoins très matériels, très industriels, très du vingtième siècle finalement.

« Ce qui attire les géants mondiaux, c’est notre électricité, décarbonée et structurellement excédentaire, à l’heure où les data centers dévorent l’énergie. »

Reste une question que personne ne pose vraiment lors de ces sommets : à quel prix pour les Français ? L’électricité excédentaire d’aujourd’hui ne le sera peut-être plus demain, si des dizaines de data centers supplémentaires viennent se brancher sur le réseau. La tension sur la consommation nationale pourrait s’accentuer, et avec elle la pression sur les factures des ménages, déjà fragilisés. On notera d’ailleurs que, selon les données de mai 2026, l’inflation en zone euro atteint 3,2 % sur un an tandis que les salaires européens ne devraient progresser que de 2,6 % cette année : le pouvoir d’achat recule pour la première fois depuis trois ans. Dans ce contexte, promettre l’énergie nationale comme levier d’attractivité pour les grandes entreprises tech sans débat public solide sur les contreparties, c’est un choix politique qui mériterait bien plus qu’un communiqué de victoire.

Les 93 milliards annoncés sont réels, les emplois promis aussi en partie. Mais une stratégie d’attractivité construite sur un seul avantage compétitif, aussi solide soit-il, reste fragile. Si demain l’énergie se raréfie ou si d’autres pays européens accélèrent leur production bas-carbone, l’argument central s’effrite. Choose France, oui. Mais choisir quoi, exactement, et pour qui ?


En savoir plus sur Glorieux Geek

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *