Il reste onze mois. Onze mois avant que les Français se retrouvent devant l’urne pour désigner leur prochain président, et la gauche s’active déjà sur deux fronts très différents. D’un côté, un tribun qui n’en finit pas de revenir, de l’autre, un parti qui espère exister à nouveau en ouvrant un laboratoire d’idées. Deux stratégies, deux temporalités, deux visions de ce que peut encore vouloir dire « être de gauche » en 2027.
Jean-Luc Mélenchon a donc lancé son premier meeting de campagne à Saint-Denis, dimanche. Quadruple candidat à la présidentielle, le leader de La France insoumise n’a visiblement pas l’intention de laisser la place. Son concept de « nouvelle France » prend de l’ampleur, et il affiche clairement sa volonté de transformer la présidentielle en duel face au Rassemblement national. Un schéma qui lui est familier, qu’il a contribué à installer dans les esprits et qui, reconnaissons-le, lui a plutôt bien réussi en termes de dynamique narrative, même quand les urnes ont dit autre chose.
La mécanique est rodée : un discours flamboyant, un ennemi désigné à droite, une ambiance de mobilisation. Ce qui est moins certain, c’est si cette recette, utilisée à la quatrième reprise, peut encore produire un résultat différent des précédents. L’énergie d’un meeting ne se convertit pas automatiquement en bulletins de vote, et Saint-Denis, aussi symbolique soit-il, n’est pas la France entière.
« Nous entendons nous attaquer à des sujets sur lesquels la gauche a peu travaillé ou manque de doctrine claire. »
Pendant ce temps, le Parti socialiste choisit une tout autre voie. Le lancement de « Noûs », présenté comme un laboratoire d’idées destiné à nourrir la campagne de 2027, est une reconnaissance implicite d’un vide doctrinal que les socialistes traînent depuis des années. C’est courageux de l’admettre. C’est aussi un pari risqué : onze mois, c’est très court pour produire des idées nouvelles, les tester, les populariser et convaincre qu’un parti sorti exsangue des années Hollande mérite une nouvelle chance à l’Élysée.
Le problème de fond, c’est que ces deux dynamiques ne se parlent pas vraiment. Mélenchon capte l’énergie populaire de gauche avec ses meetings, pendant que le PS construit des think tanks. L’un mobilise, l’autre réfléchit. Et entre les deux, aucun candidat clairement identifié, aucune union sérieuse à l’horizon, aucun programme commun qui se dessine.
La droite et le centre observent ce spectacle avec intérêt, le RN avec une certaine satisfaction. Car la gauche fragmentée, c’est l’assurance d’un second tour sans surprise. La question n’est peut-être pas « qui de Mélenchon ou du PS incarnera la gauche », mais : est-ce que l’un ou l’autre est encore capable de surprendre onze mois avant le verdict ?
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