Il y a des films qu’on ne devrait jamais toucher. Des œuvres si ancrées dans leur époque, si viscéralement liées à la vision d’un seul homme, qu’un remake ressemble davantage à une profanation qu’à un hommage. Et pourtant, voilà que le bruit court depuis quelques jours avec une insistance nouvelle : Zack Snyder serait en lice pour s’attaquer à l’un des monuments absolus de la science-fiction des années 80.
“New York 1997” de John Carpenter, sorti en 1981, n’est pas un film comme les autres. C’est une dystopie sèche, nihiliste, portée par un Snake Plissken devenu icône culturelle mondiale. Manhattan transformée en prison à ciel ouvert, un président kidnappé, un anti-héros qui s’en fout royalement de sauver le monde : à l’époque, c’était une gifle adressée à l’Amérique reaganienne. Quarante-cinq ans plus tard, le projet de remake tourne en rond depuis près de vingt ans, passant de mains en mains sans jamais aboutir. Et maintenant c’est au tour de Snyder d’être cité.
La question qui s’impose immédiatement : est-ce une bonne ou une catastrophique idée ?
Soyons honnêtes. Zack Snyder a un vrai talent visuel, personne ne le contestera sérieusement. Mais son rapport aux œuvres qu’il adapte est problématique. “Watchmen” était techniquement impressionnant et pourtant mort à l’intérieur, figé dans une révérence au matériau source qui l’empêchait de respirer. Son cycle DC a sombré sous le poids de son propre mysticisme et d’une noirceur systématique transformée en posture esthétique. Le risque avec “New York 1997” est exactement là : Carpenter avait fait un film cheap, punk, presque ironique dans son rapport au spectacle. Snyder, lui, fait des fresques. Des épopées. Des tableaux. L’ADN des deux cinéastes est quasi incompatible.
“Snake Plissken ? J’ai entendu dire qu’il était mort.”
Cette réplique culte résume tout ce qui fait le sel de l’original : un univers qui se fout des héros, une Amérique qui a renoncé à ses propres mythes. Confier ça à un réalisateur qui transforme systématiquement ses protagonistes en demi-dieux visuels, c’est prendre le risque d’inverser complètement le propos. Snake Plissken n’est pas un surhomme à magnifier. C’est précisément sa médiocrité revendiquée, son cynisme absolu, qui le rend inoubliable.
Rien n’est confirmé, évidemment. Aucune signature, aucun studio annoncé officiellement. On est encore au stade des rumeurs et des tractations, et ce projet a tellement de fois failli naître qu’on serait naïf de le tenir pour acté. Mais si Snyder devait effectivement s’emparer du dossier, la seule façon de ne pas rater ce remake serait de trahir sa propre signature : filmer petit, sale, désenchanté. Sans ralentis. Sans grandiloquence. Ce serait presque lui demander de faire du Carpenter.
Et ça, franchement, ce serait le voir pour le croire.
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