Certains actes parlent plus fort que n’importe quel discours. À quelques jours des commémorations de la rafle du Vél’ d’Hiv’, une plaque rendant hommage à Arsène et Angèle Richard, couple de Justes parmi les Nations, a été délibérément dégradée rue Louis Braille, dans le 12e arrondissement de Paris. La plaque, fendue sur sa partie basse, honorait ces deux personnes qui avaient sauvé un enfant juif pendant la Seconde Guerre mondiale, au péril de leur propre vie.
Le timing ne doit rien au hasard. La rafle du Vél’ d’Hiv’ des 16 et 17 juillet 1942 reste l’une des pages les plus sombres de l’histoire française : près de 13 000 Juifs, dont plus de 4 000 enfants, raflés par la police française sur ordre de l’occupant nazi. Chaque année, les commémorations rappellent ce que la lâcheté collective peut produire, mais aussi ce que le courage individuel permet d’accomplir. Les Justes, précisément, incarnent ce courage. Les attaquer, c’est viser le symbole par excellence de la résistance morale à la barbarie.
Le maire de Paris Emmanuel Grégoire a réagi sur X avec une fermeté claire, écrivant que « Paris est et restera une terre de résistance face à toutes les formes de haine ». Des mots nécessaires, mais qui soulèvent une question que l’on ne peut éviter : combien de plaques commémoratives, de stèles, de lieux de mémoire subissent chaque année ce type de dégradation, sans que cela mobilise durablement l’attention publique au-delà du tweet d’indignation du moment ?
« Paris est et restera une terre de résistance face à toutes les formes de haine. »
Car le problème n’est pas que symbolique. La multiplication des actes antisémites en France est documentée : selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, les actes à caractère antisémite ont connu une hausse alarmante depuis plusieurs années, avec une accélération notable après octobre 2023. Dans ce contexte, dégrader une plaque à la gloire de ceux qui ont résisté à l’extermination des Juifs, à la veille même des commémorations, relève d’une provocation que l’on ne peut qualifier autrement qu’avec les mots qui s’imposent : un acte de haine assumé et ciblé.
Ce qui frappe aussi, c’est la lâcheté du procédé : s’attaquer à une plaque de pierre dans une rue tranquille du 12e arrondissement, la nuit, sans confrontation. Pas de revendication, pas de signature. Juste la destruction silencieuse d’une mémoire que certains voudraient effacer. C’est précisément pour cela que ces actes méritent une réponse judiciaire ferme, et pas seulement des déclarations d’élus sur les réseaux sociaux.
La mémoire des Justes n’appartient pas qu’à la communauté juive : elle est le patrimoine moral de toute une société. La laisser se fissurer, au sens propre comme au sens figuré, c’est accepter que les leçons du passé soient négociables. Elles ne le sont pas.
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