Politique & Economie

L’informatique quantique en Bourse comme un taureau dans un magasin de cristaux

Il y a des moments où les marchés financiers ressemblent davantage à un laboratoire de physique qu’à un parquet boursier. Quelque chose se passe en ce moment dans le secteur de l’informatique quantique, et ce quelque chose mérite qu’on s’y arrête sérieusement, loin des cris d’orfraie habituels sur les bulles spéculatives.

D-Wave Quantum, cotée sous le symbole QBTS sur le NASDAQ, affiche en ce moment un cours autour de 24 dollars, avec une progression de plus de 35% depuis qu’un investissement de 100 millions de dollars a été engagé via le CHIPS Act américain, le programme fédéral de soutien aux semi-conducteurs et technologies avancées. Ce n’est pas rien. Ce n’est pas une promesse abstraite griffonnée sur un tableau blanc. C’est de l’argent public américain qui mise sur l’informatique quantique comme infrastructure critique. Et ça change tout dans la manière dont on devrait lire ce secteur.

Car la vraie question n’est pas de savoir si D-Wave va dépasser Google ou IBM dans la course aux qubits. La vraie question est celle-ci : sommes-nous en train d’assister à la naissance d’un nouvel écosystème industriel, ou à la répétition d’une bulle technologique que nous connaissons par coeur depuis la fin des années 1990 ?

« L’arrivée en Bourse de Quantinuum est en train de séparer les vrais concurrents du quantique de ceux qui font semblant. »

Cette phrase, relayée par The Motley Fool, résume avec une brutalité salutaire l’enjeu du moment. L’IPO de Quantinuum, filiale de Honeywell, met effectivement une pression considérable sur les acteurs déjà cotés : IonQ, Rigetti, et donc D-Wave. Quand un géant industriel décide de sortir sa division quantique en Bourse, il envoie un signal fort : le quantique commence à être évaluable, mesurable, comparable. Fini le temps où chaque startup pouvait se cacher derrière la complexité de la physique pour justifier n’importe quelle valorisation.

D-Wave se distingue pourtant des autres par une approche architecturale différente, basée sur le recuit quantique plutôt que sur les qubits logiques universels que poursuivent ses concurrents. C’est une technologie déjà déployée commercialement, avec des clients réels dans la logistique et l’optimisation. Ce positionnement pragmatique, moins spectaculaire que les promesses de suprématie quantique universelle, pourrait s’avérer être sa principale force dans un environnement boursier qui commence enfin à demander des comptes.

Les risques sont pourtant réels et documentés. La volatilité du titre est extrême, comme en témoigne une chute de près de 9% sur la clôture précédente visible dans les données boursières. Les effets d’annonce géopolitiques, comme le bond de 12% lié à un accord américano-iranien sans lien direct avec la technologie elle-même, illustrent à quel point ce marché reste en partie irrationnel. Mizuho vient néanmoins de relever son objectif de cours, ce qui suggère qu’une analyse fondamentale sérieuse commence à soutenir l’enthousiasme.

L’informatique quantique est en train de vivre sa mue la plus douloureuse et la plus nécessaire : passer du statut de promesse scientifique à celui d’actif financier évaluable. Et dans cette transition, les spectateurs non équipés pourraient bien manquer le tournant décisif.


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