La planète football compte les jours. Dans moins d’une semaine, le coup d’envoi de la Coupe du monde 2026 résonnera sur trois continents, et la moindre sélection qualifiée peaufine ses détails, règle ses dernières incertitudes, prépare ses hommes. Pendant ce temps, les Fennecs, eux, regardent la fête depuis le trottoir d’en face. Non pas parce que leurs joueurs manquaient de talent, mais parce que la machine censée les emmener là-bas était grippée bien avant le début des qualifications.
C’est l’une des grandes absences de ce Mondial qui s’ouvre. L’Algérie, nation de cent millions d’habitants, vivier inépuisable de binationaux évoluant dans les meilleures ligues d’Europe, reste à quai. Pendant que les classements des meilleurs joueurs de la compétition circulent et que les favoris s’alignent, aucun Fennec ne figure dans ces listes. Aucune sélection maghrébine à deux entraîneurs en six mois, aucune décision fédérale qui tienne la route plus d’une saison. Ce n’est pas une fatalité géographique. C’est une construction institutionnelle.
La Fédération Algérienne de Football a encore une fois prouvé, dans les années qui précèdent ce Mondial, son incapacité à bâtir un projet sportif cohérent sur la durée. Les changements de sélectionneur se sont succédé à un rythme qui ne laissait à aucun staff le temps de poser ses idées. Les convocations ont obéi à des logiques opaques, parfois politiques, rarement sportives. Les joueurs binationaux les plus prometteurs, ceux qui auraient pu constituer le socle d’une génération, ont regardé ce cirque avec une distance croissante. Plusieurs ont fait le choix d’une autre sélection, non pas par trahison, mais par défiance parfaitement documentée envers une institution qui ne leur inspirait pas confiance.
Cette semaine, pendant que l’Espagne, l’Argentine, le Maroc ou le Sénégal disputent leurs derniers matchs de préparation et affûtent leurs systèmes de jeu, la FAF gère son vide. Un vide qu’elle a elle-même creusé. Les déclarations de bonnes intentions se répètent depuis des années sans que les structures changent : pas de centre de formation digne de ce nom au niveau fédéral, un championnat professionnel miné par la violence dans les stades, des présomptions de matchs arrangés qui n’ont jamais débouché sur des sanctions crédibles, et des investisseurs privés découragés par une instabilité réglementaire chronique.
« Un pays qui a les joueurs pour se qualifier à une Coupe du monde et qui n’y parvient pas ne souffre pas d’un manque de talent. Il souffre d’un manque de gouvernance. »
C’est précisément le paradoxe algérien. Les Fares Chaïbi, Rayan Aït-Nouri, Adam Ounas et leurs semblables brillent dans des clubs européens de premier plan. Ce potentiel existe, il est réel, il est visible. Mais la FAF n’en a jamais fait une force collective durable. Au lieu de cela, chaque échec a été suivi d’un remaniement arbitraire, chaque remaniement a produit une nouvelle instabilité, et cette instabilité a alimenté la défiance des joueurs les plus bankables. Un cercle vicieux entretenu par un appareil fédéral qui répond d’abord à des logiques de pouvoir.
La Coupe du monde 2026 durera jusqu’en juillet. Pendant toute cette durée, les Algériens qui suivent le football regarderont des équipes africaines, européennes ou sud-américaines se battre pour le titre. Certains supporteront l’équipe de France, d’autres le Maroc, d’autres encore l’Espagne. Mais aucun ne verra ses Fennecs. La question qui se pose maintenant, celle qui conditionne l’avenir, c’est la suivante : la FAF tirera-t-elle la moindre leçon structurelle de cette absence, ou attendra-t-elle que la prochaine échéance approche pour multiplier les effets d’annonce ? Les prochaines qualifications pour la Coupe du monde 2030 démarreront dans moins de deux ans. Le chantier est immense. Et pour l’instant, personne ne semble avoir pris la pelle.
En savoir plus sur Glorieux Geek
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
